Institutions et croissance economique

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  • Publié le : 23 mars 2011
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1 Rencontres économiques d’Aix-en-Provence A la recherche de la nouvelle croissance 2-4 juillet 2010 Pierre Jacquet Institutions, confiance et croissance. Introduction à la table-ronde Dans les trois dernières décennies, la théorie de la croissance a connu des avancées significatives. En explicitant la comptabilité de la croissance à partir d’une fonction de production agrégée, Robert Solow avaitmis en avant en 1957 l’importance de la productivité générale des facteurs (PGF), en montrant qu’elle expliquait les 7/8 de la croissance américaine de la productivité entre 1909 et 1949, l’accumulation de capital expliquant le huitième restant. Mais la PGF, largement interprétée comme un progrès technique exogène, était ensuite largement restée une boîte noire jusqu’à ce que les modèles decroissance endogène, à partir du milieu des années 1980, permettent d’en aborder certains des fondements, en prenant explicitement en compte la nature et l’intensité des interactions entre les différents agents et activités économiques. La théorie de la croissance endogène a permis de déboucher sur une formulation du rôle de l’apprentissage, de l’éducation, des infrastructures publiques, des systèmesfinanciers, des effets d’agglomération et bien d’autres facteurs. Mais l’attention portée à la productivité globale des facteurs a aussi amené à s’intéresser davantage aux institutions, ces « contraintes créées par les hommes qui régissent les interactions entre les hommes » (North, 1990). Depuis la fin des années 1990, d’importants travaux ont contribué à structurer les débats sur le rôle desinstitutions et à mieux cerner leur interaction avec la croissance. Ces débats sont loin d’être clos et viennent d’être relancés de façon spectaculaire par la crise de 2007-2009. Cette brève introduction, qui s’appuie sur Benassy et al. (2009, chap. 6) en souligne cinq aspects majeurs. Premièrement, le dernier mot n’est toujours pas écrit concernant les liens de causalité entre institutions etcroissance, ou entre institutions et revenu par habitant. Au niveau macroéconomique, cette causalité est nécessairement croisée : d’un côté, la faiblesse institutionnelle induit des coûts de transaction qui pénalisent l’activité économique ; de l’autre, les pays riches ont les moyens et le capital humain nécessaires au maintien d’institutions plus efficaces et adaptées, mais n’en ont visiblement pasdécouvert toutes les clefs. Un important programme de travail est nécessaire pour affiner cette compréhension, dans au moins trois dimensions : l’origine des institutions, les déterminants de leur évolution, et leur nature au regard des enjeux d’efficacité microéconomique, de stabilité macroéconomique et de promotion de l’innovation. Sur chacun de ces points, des travaux universitaires ont ouvert desdébats importants. C’est notamment le cas des travaux controversés de La Porta et al. (1999) concernant le lien entre l’origine légale et la qualité des institutions. Etant donné la nature de ces dernières, qui concernent les interactions entre les individus, il est probable et souhaitable que ce champ d’investigation amène les économistes à travailler de façon systématique avec les anthropologues,les politologues, les sociologues, les historiens et les juristes – il faudrait ajouter les psychologues au regard du rôle joué par les mouvements d’anticipations sur les marchés financiers, par exemple. L’un des fronts pionniers concerne la mesure de la qualité des institutions et de la gouvernance, qui suppose d’identifier les principaux critères selon lesquels institutions et modes degouvernement peuvent être évalués et améliorés dans différents domaines de l’action publique. Deuxièmement, il n’y a pas de modèle institutionnel unique susceptible de promouvoir la croissance. D’une part, la grave crise de 2007-2009 a montré les graves faiblesses de certaines

2 institutions dans les pays avancés, alors même qu’elles étaient souvent données en exemple, et illustre aussi la...
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