Interview le lamence mazou ancien chef de gang

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  • Publié le : 15 décembre 2009
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Lamence Madzou est un ancien chef de gang. En 1987, alors qu'il n'est encore qu'un adolescent du quartier Monconseil, à Corbeil-Essonne, il créé avec trois copains les "Fight Boys". Une bande qui se veut à l'image des célèbres gangs de noirs américains. Pendant plusieurs années, sa bande, devenue gang, qui comptera jusqu'à 100 membres, tous issus de la banlieue sud de Paris, affrontera lesgangs de la banlieue nord. Avant de sortir de cet engrenage de violences Lamence Madzou a essuyé des balles, connu la prison et une expulsion vers le Congo, son pays d'origine. Dans un livre, il décrypte depuis l'intérieur, 20 ans après, le fonctionnement des bandes des années 80, avec ses trafics, ses règlements de comptes, sa violence permanente que l'on finit par ne plus contrôler... Pour lui, lesbandes d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec celles qu'il a connues.
 
LCI.fr : Que pensez-vous des affrontements réguliers entre bandes de jeunes dans la capitale, notamment dans le 19e arrondissement. D'où viennent ces tensions ?
Lamence Madzou : D'abord, il ne faut pas agiter des spectres de bandes à tout bout de champ parce que cela pourrait certainement donner des idées à desgamins qui voudraient revivre ce que nous on a vécu il y a 20 ans. Pour entrer dans la légende urbaine. Il ne faut pas leur donner l'occasion d'alimenter des fantasmes. Ce que l'on constate aujourd'hui à Paris, c'est plutôt un phénomène de quartier, qui résulte des mêmes problèmes que l'on a connus nous il y a 20 ans, à savoir l'exclusion et la stigmatisation. Mais nous nous avions en plus à lutter contre un racismequi était assez proéminent avec sa manifestation directe par les skinheads à la fin des années 70 et au début des années 80. Les jeunes d'aujourd'hui se sont repliés sur eux-mêmes au sein de leur quartier. C'est comme cela qu'émerge ce que l'on appelle les identités de quartier. Ils ont l'impression qu'il ne leur reste que ça et c'est un moyen de se protéger de l'extérieur puisque l'extérieursemble ne pas vouloir d'eux. Ça n'a rien à voir avec nos clans des années 80.
 
LCI.fr : A votre époque, les bandes ne se battaient pas pour les mêmes valeurs ?
L.M. : Nous et nos parents avons vraiment vécu le racisme. Il était clairement affiché par certains Français et pas seulement par les skinhead. Il a fallu se battre pour changer cette atmosphère pas bonne à vivre. Ce racisme, aujourd'hui,a mué sous la forme de la discrimination. Etre un Français d'origine immigrée reste un problème. On doit souvent s'y prendre à plusieurs reprises pour trouver un boulot quand on vient de banlieue. Combien d'immigrés sont parqués dans des banlieues et vont dans des écoles pas terribles avec des débouchés pas intéressants ? On commence à avoir des exemples de réussite professionnelle affichée deNoirs ou d'Arabes, mais c'est encore très peu. C'est cette discrimination, cette ségrégation, que ressentent les jeunes dans les banlieues. Tant que ce malaise existera, il y aura des bandes. Et le seul moyen qu'ils ont de le dire aux pouvoirs publics ou à la police, c'est en provoquant des émeutes.
 
LCI.fr : Que ressent-on quand on est dans une bande ?
L.M. : Quand on est au ban de l'école,qu'on est exclu, que rien n'avance, il ne reste que la structure familiale. Si celle-ci est défaillante, qu'elle n'apporte pas de soutien, on se trouve à la rue et on recrée un univers avec les copains. On éprouve un confort, une solidarité. Il y a aussi un danger, c'est celui des grands frères, qui ne sont pas forcément tous là pour vous aider à vous en sortir. La bande, c'est la dernière barrièreavant l'exclusion totale. Je vous donne un exemple récent. Je connais un garçon de 24 ans qui est en prison en ce moment. Il a une copine avec qui il veut fonder un foyer en sortant de prison. Je lui ai dit qu'il fallait en profiter pour tourner la page avec son passé. Et là, il m'a répondu : "mais si je ne peux plus traîner avec mes copains, qu'est-ce qu'il me restera, qui j'aurai". Ce jeune...
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