Introduction à la poétique de la rupture dans la scène capitale de p.j.jouve

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  • Publié le : 3 mai 2012
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INTRODUCTION A LA POETIQUE DE LA RUPTURE DANS LES ROMANS
DE PIERRE JEAN JOUVE

Hédia Abdelkéfi
Université de Tunis El Manar


A moi qui cultivai contre cent impostures
Un arbre seul et deviné et vu grandir,
Que toujours soit donnée unelangue inventrice
L'interrompu l'irrationnel et le niant,
Et tant que le lourd souffle, aiguisée et très neuve
L'ascèse ! avec abstraction des profondeurs.
Je ne veux de cloison avec l'œuvre ni l'âme
D'aucun son créateur au gouffre de mon temps.Pierre Jean Jouve[1]




Depuis l'avènement de la théorie structuraliste, la problématique de l'énonciation n'a cessé de solliciter la recherche, élargissant ainsi son champ d'action du domaine de la linguistique à celui des sciences humaines. Appliquée au texte littéraire, elle a donné lieu à une méthode d'analyse d'inspiration linguistique tendant à se constituer elle-même en science, lanarratologie, dont relève plus d'une terminologie : poétique narrative, sémiotique narrative, grammaire textuelle ou linguistique textuelle recouvrent à peu près la même conception d'une méthode d'analyse étroitement axée sur le réseau de relations tissées par la structure d'un récit et le fonctionnement du langage dans ce récit.
Guidée par les perspectives ouvertes par cette approche qui n'a cesséde féconder la recherche, notre attention s'est portée vers la littérature contemporaine et plus particulièrement vers les œuvres ayant partie liée avec ce qu'on appelle "la crise du roman", à la recherche d'un texte narratif où la question de l'énonciation trouve une expression privilégiée et dont l'écriture permet de déceler quelques signes d'originalité et d'imprévisibilité pour ne pas dire demalaise; bref un texte dont la pratique narrative et énonciative fait la spécificité et qui, dans chacun des "trois aspects de la réalité narrative", porte la marque de la régénération d'un genre littéraire confiné, jusque-là, dans des sentiers battus.
En effet, la période de crise traversée par le roman, M. Raimond[2] l'a analysée en essayant de démonter les différents rouages du systèmedans lequel se trouvait prise la création romanesque depuis la fin du siècle dernier. Le roman, au lendemain du réalisme et du naturalisme, semble avoir épuisé tous les sujets au point que certains critiques, faisant son procès, n'hésitent pas à parler de "faillite" et de "banqueroute" du genre. A contre-courant d'une littérature marquée par l'esprit positiviste, s'élabore alors une nouvelleesthétique littéraire qui oppose au long développement chronologique et à l'enchaînement logique des événements "l'instant saisi à la gorge", pour reprendre l'expression de Mallarmé. Les prémices de la dislocation du récit sont déjà en germe dans l'épanouissement du conte et de la nouvelle. Un mouvement novateur s'esquisse également dans le roman et une nouvelle génération fera écho à "l'esprit nouveau"d'Apollinaire. Stimulée par le mouvement surréaliste et les nouvelles découvertes psychanalytiques, cette génération se propose d'explorer l'intériorité humaine tout en inscrivant dans ses prérogatives le culte de l'art.
A la nouvelle vague de romanciers en quête d'un nouvel énoncé et d'une nouvelle identité énonciative, s'apparente Pierre Jean Jouve avec son œuvre romanesque "officielle", celledont l'élaboration relève d'une stratégie personnelle dont les tenants et les aboutissants sont délibérément fixés et décidés par l'auteur. C'est que la production "officielle", est, chez Jouve, commandée à sa naissance comme à sa mort par "un acte de volonté" qui mène toujours à la rupture. Aussi l'écho de l'expérience vécue se répercute-t-il dans l'œuvre faisant valoir une thématique doublée...
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