Introduction et paratextes de "paludes" (gide)

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  • Publié le : 13 avril 2011
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Paludes (VOIR "PALUDES" SUR WIKIPEDIA POUR LE RESTE DE L'EXPOSE)

INTRO
André Gide, Paludes. Un livre étroit, mais étonnamment riche. Encore n’a-t-il du livre, ou plus précisément du roman, que l’apparence. Voici ce que le narrateur dit de Paludes : « Paludes, c’est l’histoire d’un homme qui, possédant le champ de Tityre [berger des Bucoliques de Virgile] ne s’efforce pas d’en sortir, mais aucontraire s’en contente » : Paludes, c’est l’histoire d’une stagnation, d’une station immobile, d’une végétation (c’est le cas de le dire), qui va pourtant nous occuper pendant cent cinquante pages. Et s’il ne se passe rien, paradoxalement, il y a beaucoup à dire. Et c’est précisément parce que le narrateur, immédiatement à la suite de cette phrase, écrit le mot « voilà… » comme la marque d’unemédiocre et hâtive conclusion (en ouverture de l’œuvre !) qu’il ouvre au lecteur la porte de tout le reste, c’est-à-dire un travail critique poussé sur la forme.
Paludes, c’est encore « spécialement l’histoire de qui ne peut pas voyager ». Or, cette impossibilité du mouvement se déduit de l’échec de multiples tentatives. Ces tentatives sont toutes les voies empruntées par la littérature poursortir du marasme et de l’impasse du roman réaliste, de la poésie complaisante, du vaudeville, bref, de toutes ces ornières littéraires qui sont pour le jeune André Gide de la dernière stérilité ; toutes ces ornières étant maintenues par les « cercles littéraires », constitués de littérateurs fainéants et peu scrupuleux dont la courte vue et les banales idées constituent un obstacle insurmontable pourla création littéraire. Ils sont précisément la cible première du jeune Gide.
Paludes se présente comme une œuvre désarçonnante, inhabituelle, dérangeante, extrêmement moderne en ce qu’elle se veut à la fois le bilan formel et générique de la littérature de son temps, l’incarnation de l’impasse littéraire, et cependant une tentative désespérée, à l’image de son personnage principal etnarrateur, de briser cet immobilisme. Mais Paludes l’affirme sans cesse, la littérature est empêtrée, ses jambes sont prises dans les marécages de sa médiocrité, ferment des œuvres de mauvaise qualité qu’on laisse pourrir sur place au lieu de s’en débarrasser. C’est pourquoi Paludes mêle les genres, mêle les styles, mêle les tons, mêle les voix, mêle le lecteur à sa création, et se met lui-même en sontexte, dans une sorte de spirale vertigineuse et nauséeuse, où les repères sont brouillés, où la mise en place d’une stabilité ne vaut que par son très prochain renversement, où la frénésie formelle incessante tente vainement de compenser le néant de ce que l’on a à dire – le malaise d’une littérature en mal d’idées et en mal de visages.
Paludes, c’est l’histoire d’un personnage, de nom inconnu,qui nous raconte sa volonté d’écrire un livre. Tout au long du roman, qui se déroule sur six jours, ce personnage écrit, visite ses amis, se rend à des réunions de littérateurs, s’efforce de travailler, s’efforce d’agir, s’efforce de mieux vivre, mais finalement, n’y parvient pas. Paludes, c’est avant tout l’histoire d’une volonté solipsiste, d’une « force qui veut » mais ne peut rien. Mais Paludes,c’est aussi ce livre que tente vainement d’écrire le personnage, réécriture moderne, contemporaine, des Bucoliques virgiliennes – mais une bucolique du marais nauséabond. Paludes est-il ce livre même que nous lisons ? Non, justement. Les deux portent le même titre, et racontent en substance la même chose, mais différemment. Il y a là un hiatus extrêmement signifiant.
Pour donner quelques motsdes circonstances de l’écriture, il faut savoir que Gide a écrit ce livre autour de vingt-cinq ans, à une époque où, intelligent et déjà las, il fréquentait les salons littéraires pour son plus grand désespoir. Face à tant de bêtise, il entreprit de rédiger cette « satire de quoi », ayant pour cible la lie de la littérature, ceux que l’on appelle les « littérateurs ». Cela justifie l’appellation...
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