Introduction sur le mal

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Français / Philosophie 2010-2011 – « Le mal » Introduction générale

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L e m a l : I n t ro d u c t i o n g é n é r a l e
Pourquoi un programme portant sur le mal ?
L’homme est toujours à la recherche de son bonheur. Il est donc logique de considérer qu’il privilégie tout ce qui lui semble avoir trait au Bien, dans son existence comme dans le monde : il vise l’harmonie pour pouvoirbien vivre. Toutefois ce postulat est battu en brèche aussitôt qu’il est formulé. En effet, le bien n’est pas aisément accessible : il faut parfois subir le mal avant de l’atteindre ou sans réussir à l’atteindre, et il faut parfois commettre le mal pour tenter de l’atteindre. L’être humain cherche le bien, mais il expérimente surtout le mal, involontairement souvent, volontairement quelquefois. Lemal provoque toujours un choc, un scandale : il apparaît aussi puissant qu’arbitraire, et l’aspiration humaine au bonheur semble souvent incapable de lutter contre les manifestations de ce mal protéiforme. Notre programme nous invite à interroger cette notion apparemment unanimement récusée et pourtant inévitable : quelle place devons-nous accorder au mal dans une réflexion portant sur l’homme etsa condition ? Quelle définition du mal est-il possible de construire ? A quel problème général cette tentative de définition aboutit-elle ?

1. TENTATIVES DE DEFINITION
1.1. MAL ET MAUX
1.1.1. Domaines de définition En théologie et en philosophie, il est d’usage d’opposer le mal physique, défini comme celui que l’homme subit, et le mal moral, celui que l’homme commet. Dans le premier cas,l’homme est l’objet du mal : il subit le malheur, la maladie, la souffrance, la mort. Dans le second cas, le mal correspond plutôt au crime, à l’intention de nuire, à ce que la théologie nomme le « péché ». Le mal métaphysique, quant à lui, résulte de l’imperfection inhérente à la condition humaine1. Mais mal subi et mal commis sont liés, ne serait-ce que parce que la souffrance subie par les uns estgénéralement le résultat d’un mal commis par d’autres : la femme et les enfants de Macduff subissent les effets du mal exercé par Macbeth, M. Numance meurt parce qu’il subit le chantage de Firmin. Dans ce sens, le mal physique découle du mal moral. Dire « le mal », c’est donc en réalité penser sous une catégorie unique une diversité de réalités, qu’il faut examiner avec circonspection : celui quiprivilégie trop l’abstraction court le risque d’occulter la réalité du mal et d’émettre des théories qui vont à l’encontre de l’expérience (justifiant l’injustifiable, par exemple) ; au contraire celui qui reste trop proche du mal concrètement vécu ne pourra réfléchir correctement, pris qu’il sera dans la souffrance dont il cherche à rendre compte. 1.1.2. Manifestations du mal Un simple regard portésur la société et le monde révèle à l’observateur à quel point le mal est omniprésent, à quel point il semble indépassable : les sociétés humaines sont confrontées tous les jours aux crimes les plus divers, les plus cruels, et les guerres ne cessent pas. Le mal est l’un des acteurs principaux du théâtre du monde, et les hommes se délectent de l’observer, cachés par leurs masques moralisateurs,comme les dames de Sion qui, sous couvert de bienséances religieuses et sociales, prennent plaisir à discuter du « cas » de Thérèse dans Les Âmes fortes. Par ailleurs, le mal peut se décliner en plusieurs types, allant du mal provoqué par la nature (une épidémie, un tremblement de terre) dont on ne peut considérer qu’il est « volontaire », au mal provoqué par les hommes de façon plus ou moinsvolontaire (ainsi que le rapporte le Droit, qui oppose par exemple l’homicide involontaire et l’homicide volontaire : le mal subi – mal physique – est le même, puisqu’un individu meurt ; mais le mal commis – mal moral – semble différent d’un acte à l’autre. Ainsi dans Les Âmes fortes, le jugement du lecteur est modifié selon qu’il considère que Thérèse a tué Firmin par vengeance désespérée ou...
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