Invitation au voyage baudelaire

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  • Publié le : 27 avril 2010
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BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL « L'INVITATION AU VOYAGE » SITUATION DU TEXTE Ce poème, écrit par Baudelaire en 1855, appartient au cycle dit des « amours de Marie Daubrun ». Il est à ce sous-ensemble lyrique des Fleurs du mal ce que « Le Balcon » était au cycle de Jeanne Duval ou « Harmonie du soir » à celui d’Apollonie Sabatier : une synthèse et une sublimation avec ici, comme dans ces deuxautres cas, une innovation formelle sensible, à la hauteur des émotions et des désirs exprimés. Problématique : quelles caractéristiques de l' « idéal » Baudelaire développe-t-il dans ce poème ?

1. UNE FORME ORIGINALE AU SERVICE DE LA MUSIQUE Les choix formels sont inédits sous la plume de Baudelaire, à commencer par celui des mètres impairs (pentasyllabes et heptasyllabes), dont Verlaine fera plustard usage . Leur utilisation est sans doute ici justifiée par la volonté du poète de donner à son texte l’allure et le tempo d’une ballade, d’une romance ou mieux encore d’une berceuse, si l’on veut bien considérer la valeur du sommeil de la dernière strophe. Les strophes elles-mêmes, qui sont des douzains, sont remarquables par leur schéma de rimes très élaboré, où se succèdent deux rimessuivies (ad), quatre rimes embrassées (bccb) puis de nouveau deux suivies (dd) et quatre embrassées (effe). Cet enchaînement revient en fait à structurer le douzain en un contrepoint subtil de deux distiques et de deux quatrains. Le triple refrain contribue, lui, à l’enchaînement musical des douzains entre eux. Son effet mélodique, itératif et comme psalmodié, est accompagné au fil des strophes denombreux autres effets sonores et rythmiques. On relèvera ainsi, dans la première strophe, la cadence donnée par la consonance en « m » (v. 1, 4, 5, 7), dont le discret « murmure » est peut-être précisément celui de la « douce langue natale » (maternelle ?), dont il sera question au vers 26 ; on y appréciera encore le non moins discret brouillage phonétique (« soleils », « mouillés », « ciels », «brillant », « brouillés ») qui colore toute la strophe et renforce l’imprécision sémantique. Dans le deuxième douzain, on sera sensible cette fois à la répétition de la voyelle nasale an/en (« luisants », « ans », « chambre », « mêlant », « senteurs », « ambre », « splendeur, « langue », « orientale »), qui donne à la strophe sa musique et son « odeur » ; effet renforcé de surcroît par un habile jeude rimes intérieures, puisque la rime suivie en eur des vers 18-19 est doublée par la rime à distance de « senteurs » (v. 20) avec « splendeurs » (v. 23).

2. UNE COMPAGNE DE VOYAGE Inspiré par la jeune Marie Daubrun, le poème met en scène une compagne de voyage dont la « douceur » (v. 2) contraste apparemment avec le caractère des autres partenaires féminines du poète dans Les Fleurs du mal.Non seulement sa féminité paisible se fond dans les profils innocents de « l’enfant » et de la « soeur » (v. 1), mais elle laisse même entrevoir – ce qui est fort rare dans le recueil – la promesse d’un amour partagé et serein : « D’aller là-bas, vivre ensemble ! » (v. 3). Toutefois, cette sérénité initiale, dans un mouvement proche de celui du « Balcon », est comme


creusée et minée par lesméfiances ou angoisses habituelles du poète à l’endroit d’une compagne dont la dualité trouble s’exprime dans les oxymores des vers 5-6 (« Aimer et mourir/Au pays qui te ressemble ») et 9- 11 (« les charmes/si mystérieux/de tes traîtres yeux »).

3. PAYSAGES « NOUVEAUX » ET DÉCORS SYMBOLIQUES Si l’on retrouve, ici ou là dans « L’Invitation », quelques signes ou motifs du paysage exotique cher àBaudelaire (« senteurs de l’ombre », v. 20 ; « splendeur orientale », v. 23), c’est le paysage flamand et hollandais qui domine l’espace du poème : – espace extérieur : « soleils mouillés » (v. 7), « ciel brouillé » (v. 8), « canaux » (v. 29) ; – espace intérieur à la façon des maîtres de la peinture hollandaise (Vermeer, Ruysdaël) des XVIIe et XVIIIe siècles : « meubles luisants/polis par les...
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