Italo calvino

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  • Publié le : 27 avril 2010
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On se demande souvent si la littérature peut encore être subversive dans une société comme la nôtre, c’est-à-dire une société où la liberté d’expression et d’opinion permet de dire et de publier tout ce que l’on veut sans crainte des représailles et de la censure. Car moins la littérature est menacée, moins elle peut s’engager pour défendre la liberté de parole et plus elle perd cette fonctionpolitique qui faisait sa force lorsque la société était encore surveillée. Italo Calvino souligne ce paradoxe dans « Usages politiques de la littérature» (La Machine littérature) : « Tel est le paradoxe du pouvoir de la littérature : il semble que ce ne soit que là où elle est persécutée que la littérature montre ses vrais pouvoirs, en défiant l’autorité, tandis que, dans notre société permissive,elle a conscience de n’être utilisée que pour créer un contraste agréable au sein de l’inflation verbale ». Italo Calvino distingue donc deux littératures : l’une, puissante et engagée, qui se dresse contre une autorité qui l’opprime, l’autre qui, lorsqu‘elle n‘a plus de pouvoir à défier, est noyée dans le flot des écrits dont elle se distingue à peine.
Les mots n’ont-ils pas toujours la mêmeforce? Leur poids n’est-il pas toujours le même?
Si, comme l’affirme Calvino, la parole de l’écrivain montre ses vrais pouvoirs lorsqu’elle est persécutée, elle peut garder la même force sans pour autant se battre pour se faire entendre. Mais en aucun cas on ne peut la réduire à un « agréable contraste » lorsqu’elle est libre.

Selon Italo Calvino, la littérature doit être engagée pour montrerses « vrais pouvoirs ».
L’implication avec laquelle l’auteur se dresse contre l’autorité donne en effet de la force à son écriture. La sincérité de son engagement se retrouve dans son texte ; il écrit sur une chose qui le concerne personnellement, et cette proximité donne à son texte presque une valeur de témoignage. La conviction de Hugo, lorsqu’il écrit Les Châtiments, se retrouve dans unstyle passionné, lyrique et parfois cruel. L’engagement du poète contre Napoléon III donne sa raison d’être et sa force au recueil : Hugo l’écrit en exil pour s‘en prendre au coup d‘Etat du 2 décembre et au régime autoritaire qu‘il fuit. La puissance de cette œuvre naît de sa fureur et de sa révolte : elles donnent à l’écrivain sa verve satirique et ironique. Ainsi, Napoléon III est tantôt comparé àun bandit, tantôt à un nain. Hugo peut aussi se faire pathétique lorsqu’il évoque les victimes, comme cet enfant que pleure sa grand-mère (« Souvenir de la nuit du 4 » ). Le combat qu’il mène à la fois dans sa vie et dans son œuvre donne au texte une dimension supplémentaire. Dans Les Tragiques, Agrippa d’Aubigné, parce que lui-même appartient à la Réforme et qu’il a été marqué, enfant, par lesconséquences de la répression, loue les bons rois soucieux de la liberté de conscience, du bien public, de la prospérité du royaume, et vilipende les tyrans aux rangs desquels il met les Valois et Catherine de Médicis. Il s’attaque aux conseillers d’Etat, aux « mignons » du roi, aux Ligueurs. Sa liberté de langage lui vaut à deux reprises la disgrâce, et, après la mort d’Henri IV, son Histoireuniverselle est condamnée par le Parlement et lui-même, condamné à mort, doit se retirer à Genève. L’implication de l’œuvre dans l’existence de l’écrivain donne à ses mots un poids particulier, surtout lorsqu’il écrit au péril de sa vie.
Le contexte historique donne une autre dimension au texte. En effet, lorsque le pouvoir surveille la production littéraire, comme dans les régimes autoritaires, lesmoyens d’information sont le plus souvent eux aussi soumis à la censure. Si la presse ou les autres médias ne peuvent plus s’exprimer librement, la littérature se charge alors d’une dimension politique qui la rend dangereuse pour l’autorité. Cette dimension politique est liée à un contexte particulier : l’écrivain n’a pas d’autre choix que de s’engager dans son temps. Au contraire, dans les...
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