Izii

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  • Publié le : 2 janvier 2015
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Yo Ozzy sa mere................................................
Récit écrit, récit filmique


Gilles Deleuze, dans le texte publié en préface à l’édition Folio de La Bête humaine et reprise de son livre Logique du sens, distingue, à propos de Zola au cinéma le « médiocre metteur en scène » qui se contente d’« appliquer » le roman et Renoir : « Quand Renoir (…) se confronte avec La Bêtehumaine, c’est une œuvre très belle où le cinéma trouve son autonomie. »
Or, c’est bien cette autonomie qui rend malaisée une étude du passage du récit écrit au récit filmique. La Bête humaine de Renoir est une « autre » œuvre, une création autonome. A partir du roman de Zola, Renoir construit un univers qui lui est propre, qui conserve les noms des personnages, des pans entiers de leurconstitution sociale et psychologique, une trame narrative empruntée à l’écrivain, de très nombreux extraits littéraux du roman, mais en même temps, il change, il bouleverse, transforme (re)crée dans et par les moyens spécifiques qui sont ceux du cinéma pratiqué par un auteur de génie.
Pour proposer cependant quelques éléments d’une étude des choix de Renoir, nous établirons d’abord un tableau succinct decomparaison de l’ordre de disposition des événements du récit écrit dans le récit filmique.
Puis nous comparerons, à partir du récit filmique, l’action et les personnages des deux récits, selon les critères suivants :
•ce qui est conservé
•ce qui est supprimé
•ce qui est ajouté
•ce qui est transformé.
Ce parti est évidemment restrictif, car la comparaison de deux systèmes de représentationdifférents devrait impliquer l’examen des équivalences cinématographiques (lumière, composition des plans, musique, acteurs, champ/hors champ, montage) du cadre narratif et descriptif élaboré par le romancier.
CHOIX D’ORDRE ET DE DISPOSITION
Renoir privilégie :
•le rapport de Jacques et Pecqueux à la Lison, les courses de la Lison, les images du travail.
•Le rapport tragique de Jacques àSéverine.
•Le rapport fraternel de Jacques et Pecqueux.
Il procède à un énorme travail de condensation du récit écrit autour du point de vue dominant de Jacques et Séverine.
•Jacques n’apparaît indirectement dans le roman qu’à la fin du chapitre 1. C’est avec lui, pecqueux et la Lison que commence le film. Ensuite, l’équilibre des rapports entre Lantier, Séverine et Roubaud est globalement parallèledans le livre et le film : rapport Roubaud/Séverine marqué par la figure de Grandmorin, rapport émergent puis intense entre Jacques et Séverine, dégradation du rapport entre Roubaud et Séverine, dégradation du rapport entre Jacques et Séverine sous l’emprise du mal de Jacques, solitude finale de Jacques.
•Renoir inverse l’ordre de présentation des personnages. Il privilégie Lantier, puis fait placeaux Roubaud : l’incident menaçant Roubaud est montré, alors qu’il n’est évoqué qu’en analepse dans le roman. Il n’y a aucun retour en arrière visuel (sinon la photographie de Séverine fillette avec Grandmorin) dans le récit filmique, il va en avant sans désemparer, du train au train, des rails aux rails, de la Lison à la Lison.
•Deux grandes scènes concernant la Lison en tant que figure épiquesont éludées par Renoir : la tempête de neige et l’accident. Chez Renoir, nous sommes moins dans un univers épique que dans un monde tragique marqué par une double impossibilité annoncée : pour Jacques, l’entrave à l’amour en raison de son mal, pour Séverine l’incapacité à aimer en raison de sa souillure.
•Les intrigues secondaires sont largement élaguées, au profit du rapport Jacques/Séverine.Flore n’apparaît qu’une fois dans le récit filmique, totalement édulcorée. Cabuche disparaît après son arrestation et ne joue plus aucun rôle, tout se concentre sur la tragédie amoureuse.
•Linéarité, condensation, rythme, focalisation sur le couple fatal, tels sont les critères de choix de Renoir. Mais le souci de centrer le récit sur Jacques et Séverine peut passer aussi par une dilatation, un...