Jacques le fataliste

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  • Publié le : 18 octobre 2010
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En se penchant sur l’œuvre de Diderot , il est facile de remarquer à quel point les personnages créés par l’auteur échappent à la norme.
C’est ainsi que des personnages comme le Neveu de Rameau sont amenés à cheminer sans but hors de la société à cause de leur extravagance . Dans Jacques Le Fataliste Et Son Maître , Diderot reprend la trame du roman traditionnel tout en le transfigurant enfaisant le récit d’un voyage mental et physique qui témoigne de l’incompatibilité du monde et de la pensée systématique par une polyphonie narrative digne d’une véritable rhapsodie littéraire . Il n’est donc pas surprenant qu’un lecteur du dix-huitième siècle , face à une telle construction romanesque , puisse voir dans le personnage éponyme de l’œuvre , Jacques , la figure d’un original . Mais estce réellement le cas ? , Jacques présente-t-il toute la complexité et la singularité d’un personnage atypique ? Dans un premier temps , nous montrerons que Jacques est un personnage atypique qui parvient , ensuite , à redessiner le motif du valet traditionnel . Enfin , dans un troisième temps nous évoquerons la figure de Jacques comme celle d’un penseur à la philosophie contradictoire .

I . Unpersonnage atypique

Jacques est un personnage excessif , fantasque et au caractère fort qui laisse vaguer sa pensée à l’état naissant et spontané : c’est ce qui fait de lui un personnage atypique .

A) un personnage de l’excès

Premièrement , Jacques est un personnage qui est construit dans un mouvement de l’excès . Par ce point , il peut être rapproché des personnages d’un auteur tantcité dans Jacques Le Fataliste Et Son Maître qui est Rabelais . En effet , toute une tradition carnavalesque voire farcesque entoure le personnage de Jacques et fait de Rabelais la figure tutélaire de ce dernier . Jacques glorifie les plaisirs de la vie et ceux qui les prodiguent : il boit sans modération et va jusqu’à sacraliser sa gourde en référence au Cinquième livre de Rabelais comme il le ditici à son maître : «  Monsieur , tenez , voilà qui en sait plus que tout les augures , oies fatidiques et poulets sacrés de la République , c’est la gourde , interrogeons la gourde . » Jacques pense que le vin lui donne de l’esprit et va même jusqu’à se qualifier d’ « hydrophobe » . De même , si Jacques aime les plaisirs de la nourriture et du vin , il est aussi volontiers grivois . Il metd’ailleurs sa paillardise au service de l’inconstance amoureuse comme en témoigne la fable de la gaine et du coutelet . Jacques parle vrai sans souci d’obscénité tout comme Rabelais . Néanmoins , cet aspect grivois n’empêche pas Jacques d’être sensible et généreux comme en témoigne son émotion face à la jeune fille à la cruche d’huile . Ainsi , Jacques est un personnage entier qui peut paraître excessifpar son comportement atypique .

B) Une politique du refus

Ensuite , il semble important de souligner que Diderot construit le personnage de Jacques sur une politique du refus . Si Diderot fait de Jacques un personnage excessif , il refuse de le décrire selon des caractères formels tels que l’âge ou le physique . Diderot veut que le caractère de Jacques se déduisent de ses actes et de soncomportement mais aussi à travers l’histoire de ses amours : en effet, au fil de la lecture , nous apprenons que Jacques a été élevé jusqu’à l’âge de douze ans par ses grands parents par exemple . Ainsi , ce peu d’informations fait de Jacques une énigme pour nous , lecteur mais aussi pour son maître qui ne cesse de répéter : « Quel diable d’homme es-tu ? » . Mais il faut dire que Diderot a transmis àson personnage cette politique du refus de la description : il va même jusqu’à interrompre le récit de son maître , pour qu’il cesse tout portrait : «  plus de portrait mon maître mon maître , je hais les portraits . » D’ailleurs , Jacques refuse d’être considéré comme un héro : il n’en a pas l’étoffe et dit ne pas appartenir à cette force là . Ainsi , cette volonté de la part de Diderot de...
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