Jacques marseille

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  • Publié le : 14 décembre 2010
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Fiche de Lecture : Jacques Marseille, Empire coloniale et capitalisme français

Dans les années 1950, la France s’est séparée de son empire colonial, qui représentait pourtant plus du tiers de ses échanges commerciaux, et la quasi-totalité de ses investissements extérieurs. Néanmoins, la croissance française ne semble pas avoir été grandement affectée par ce bouleversement. Ce constatparadoxal soulève plusieurs questions. La colonisation a-t-elle vraiment été profitable à la France ? L’empire colonial fut-il pour le capitalisme français un moteur, ou plutôt un frein ? Avant toute chose, il faut déjà discerner le vrai du faux dans le bilan colonial de la France.
Marseille souligne d’abord les inconvénients de l’approche historique classique de la colonisation, trop concentrée sur desaspects politiques. Elle est aussi critiquable parce qu’elle insiste sur le faible poids des empires coloniaux dans le commerce et les investissements métropolitains avant 1914, et néglige totalement le rôle croissant qu’ont joué les empires après la première Guerre mondiale. L’approche marxiste-léniniste se montre relativement plus adéquate. Elle propose d’autres explications du phénomèneimpérialiste, et met notamment en cause le capital financier, c’est-à-dire la concentration croissante des entreprises, qui finit par donner aux banques un poids prédominant. Ce stade suprême du capitalisme étant atteint, Hilferding estimait qu’il n’y avait plus qu’à obtenir de nouveaux débouchés pour stimuler la demande et retrouver la prospérité. Plus généralement, les auteurs marxistes soutiennent quela mauvaise distribution du pouvoir d’achat dans la société crée la sous-consommation, poussant ainsi les entreprises à étendre leur domination, surtout sur des pays sous-développés où les profits à réaliser sont plus élevés. Mais à trop souligner le poids commercial et financier croissant de l’empire, on oublie que sa perte n’a pas eu de conséquences néfastes. Au contraire, la métropole a connu àcette époque un dynamisme et une croissance sans précédents. Comment expliquer ce contraste ?
L’empire était un partenaire commercial essentiel : cela semble acquis au vu des chiffres. En 1952, la zone franc absorbe plus de 42 % des exportations de la métropole. Dès 1902, l’empire devient le second partenaire commercial de la France, avant de devenir son premier partenaire de 1928 jusqu’à ladécolonisation. L’empire est, il est vrai, un partenaire de choix, ses relations avec la métropole étant stables (et pour cause !). Il joue même un rôle d’amortisseur pour le commerce métropolitain, lorsque la conjoncture devient plus difficile. Les pourcentages globaux soulignent le poids de l’empire pour le capitalisme français, mais masquent les écarts existant entre ses diverses branches. Ainsi,en 1906, les exportations vers l’empire ne représentaient que 11 % du total des exportations françaises ; mais pour les tisseurs de coton, l’empire représentait la même année prèsde 85 % de leurs exportations. De même, la métropole ne réalise que 9 % de ses importations en provenance de l’empire, mais en importe la quasi-totalité de ses matières premières agricoles et de ses phosphates. Le poids dudébouché colonial pour certaines branches de l’économie française semble donc considérable. Mais son expansion ne préjuge en rien de sa contribution à la croissance économique du pays. Le marché colonial a-t-il vraiment servi les intérêts métropolitains ?
Certes, si l’on observe la balance commerciale entre la France et son empire sur le long terme, on peut constater que l’empire a joué un rôlede “ réservoir ” en période de mauvaise conjoncture, et un rôle de débouché en période de bonne conjoncture. Pourtant, dès la fin des années 1920, on remet déjà en question la politique de mise en valeur de l’empire. Dressons un bilan : les importations de la métropole sont essentiellement constituées de produits alimentaires tropicaux, et de matières premières dont il n’y a pas de pénurie...
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