Je l'aimais - anna gavalda

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 136 (33842 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 20 novembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
ANNA

Gavalda
JE L’AIMAIS
ROMAN

Parce que sa belle-fille est malheureuse, Pierre Dippel, soixante-cinq ans, l’emmène à la campagne. Parce qu’elle ne se nourrit plus, il décide de faire la cuisine. Parce qu’elle n’arrête pas de pleurer, il va chercher du bon vin à la cave. Il s’assoit à côté d’elle et pour la première fois, il parle. De lui. De sa vie. Ou plutôt de ce qu’il n’a pas vécu.Cette histoire est donc la confession d’un homme dans une cuisine. Ça n’a l’air de rien et pourtant, comme toujours avec Gavalda, tout est là. Nos doutes, notre ironie et notre tendresse, le tapage de nos souvenirs et « la vie comme elle va … D’abord il y a cette écriture : formidablement simple, magiquement tenue. [...] Gavalda, c’est la vie qui court avec ses questionnements et ses impasses. LEPARISIEN Avec un charme douloureux et lumineux, Anna Gavalda raconte que l’on peut partir par courage et rester par lâcheté. [...] Gavalda a la grâce. LE JOURNAL DU DIMANCHE

Anna Gavalda Anna Gavalda est également l’auteur de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, de Ensemble, c’est tout et de La Consolante. Je l’aimais est adapté au cinéma, mis en scène par Zabou Breitman, avecDaniel Auteuil et Marie-Josée Croze. Texte intégral
ISBN : 978-2-290-34078-3

Je l’aimais

Du même auteur Aux Editions J’ai lu
JE VOUDRAIS QUE QUELQU’UN M’ATTENDE QUELQUE PART N° 5933 ENSEMBLE, C’EST TOUT N° 7834

ANNA

GAVALDA
Je l’aimais
ROMAN

© Le dilettante, 2002

— Qu’est-ce que tu dis ? — Je dis que je vais les emmener. Ça leur fera du bien de partir un peu... — Mais quand? a demandé ma belle-mère. — Maintenant. — Maintenant ? Tu n’y penses pas... — J’y pense. — Enfin, mais qu’est-ce que ça veut dire ? Il est presque onze heures ! Pierre, tu... — Suzanne, c’est à Chloé que je parle, Chloé, écoute-moi. J’ai envie de vous emmener loin d’ici. Tu veux bien ? — ... — Tu crois que c’est une mauvaise idée ? — Je ne sais pas. — Va chercher tes affaires. Nous partironsquand tu reviendras. — Je n’ai pas envie d’aller chez moi. — Alors n’y va pas. On se débrouillera sur place. — Mais vous ne... — Chloé, Chloé, s’il te plaît... Fais-moi confiance. 7

Ma belle-mère protestait encore : — Mais enfin ! Vous n’allez pas réveiller les petites maintenant quand même ! La maison n’est même pas chauffée ! Il n’y a rien là-bas ! Il n’y a rien pour elles. Elles... Il s’étaitlevé. *

Marion dort dans son siège auto, le pouce au bord des lèvres. Lucie est roulée en boule à côté. Je regarde mon beau-père. Il se tient droit. Ses mains agrippent le volant. Il n’a pas dit un seul mot depuis que nous sommes partis. Je vois son profil quand nous croisons les feux d’une autre voiture. Je crois qu’il est aussi malheureux que moi. Qu’il est fatigué. Qu’il est déçu. Il sent monregard : — Pourquoi tu ne dors pas ? Tu devrais dormir tu sais, tu devrais abaisser ton siège et t’endormir. La route est encore longue... — Je ne peux pas, je lui réponds, je veille sur vous. Il me sourit. C’est à peine un sourire. — Non.., c’est moi. Et nous retournons dans nos pensées. Et je pleure derrière mes mains.

8

Nous sommes garés devant une station-service. Je profite de sonabsence pour interroger mon portable. Aucun message. Bien sûr. Suis-je bête. Suis-je bête... J’allume la radio, je l’éteins. Il revient. — Tu veux y aller ? Tu veux quelque chose ? J’acquiesce. Je me trompe de bouton, mon gobelet se remplit d’un liquide écœurant que je jette aussitôt. Dans la boutique, j’achète un paquet de couches pour Lucie et une brosse à dents pour moi. Il refuse de démarrer tantque je n’ai pas baissé mon dossier. *

9

J’ai rouvert les yeux quand il a coupé le moteur. — Ne bouge pas. Reste là avec les filles tant qu’il fait encore chaud. Je vais brancher les radiateurs électriques dans votre chambre. Je reviendrai vous chercher. Encore prié mon portable. A quatre heures du matin... Suis-je bête.

10

Impossible de me rendormir. Nous sommes toutes les trois...
tracking img