Jean de la bruyère, « de la société et de la conversation », arrias (article 9) les caractères.

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  • Publié le : 27 avril 2010
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T E X T E

Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi, c’est un homme
universel, et il se donne pour tel ; il aime mieux mentir que de se taire ou de
paraître ignorer quelque chose : on parle à la table d’un Grand d’une cour du
Nord, il prend la parole, et l’ôte à ceux qui allaient dire cequ’ils en savent ; il
5 s’oriente dans cette région lointaine comme s’il en était originaire ; il discourt des
mœurs de cette cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes ; il récite
des historiettes qui y sont arrivées, il les trouve plaisantes et il en rit le premier
jusqu’à éclater : quelqu’un se hasarde de lecontredire et lui prouve nettement
qu’il dit des choses qui ne sont pas vraies ; Arrias ne se trouble point,
10 prend feu (1) au contraire contre l’interrupteur ; je n’avance, lui dit-il, je ne
raconte rien que je ne sache d’original : je l’ai appris de Sethon ambassadeur de
France dans cette cour, revenu à Paris depuisquelques jours, que je connais
familièrement, que j’ai fort interrogé, et qui ne m’a caché aucune circonstance ; il
reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu’il ne l’avait commencée,
15 lorsque l’un des conviés lui dit, c’est Sethon à qui vous parlez, lui-même, et qui
arrive de son ambassade.Jean de La Bruyère,
« De la Société et de la Conversation », Arrias (article 9)
Les Caractères.

1) Prendre feu :s’emporter.

Étude analytique

Introduction

Jean de La Bruyère (vers 1645, 1696) est un moraliste français du XVII siècle.
En 1688, il publie une première édition des Caractères qui connaît un grand succès. Cet ouvrage a été rédigé sous le règne de Louis XIV, au cœur de la monarchie absolue de Droit Divin, et marque les prémices desIdées dites des « Lumières ». Il s’agit d’un des tout premiers auteurs à exposer dans ses œuvres des thèses dissertant sur l’égalité, la justice sociale, au sein d’une société élitiste et profondément contrastée. Jusqu’à sa mort, il publie neuf éditions des Caractères, en remaniant le texte et en ajoutant des caractères à chaque publication. Cette œuvre contient des maximes et décrit les caractères,les mœurs et l’injustice du sort du dix-septième siècle selon son auteur : la matière en est donc très clairement didactique et les caractères souvent des caricatures. La Bruyère y analyse les mœurs de son temps et en particulier les travers de la société de cour. D’ailleurs, il le signale sans ambiguïté, dès le sous-titre de son ouvrage : il a prétendu décrire « les mœurs de ce siècle », donc d’unsiècle qui n’est plus le nôtre.
Le chapitre V, De la Société et de la Conversation, est illustré de façon cocasse par des personnages grotesques parmi lesquels Théodecte, Hermagoras, .. 
Il existe un art de la conversation et un art de la sociabilité qui régissent les rapports humains. Dans ce chapitre, La Bruyère critique les discours hypocrites et dénonce les pouvoirs abusifs de la parole dubeau parleur, de celui qui veut imposer son pouvoir.
L’article 9, Arrias, est un portrait caricatural du bavard exubérant qui s’achève par une anecdote distrayante pour le lecteur.

I- Le portrait d’un personnage

a- Arrias interpelle par son omniprésence

La Bruyère met l’accent sur le verbiage excessif et dénué d’intérêts d’Arrias qui monopolise la conversation. Dans ce sens,...