Jean dubuffet (1901-1985)

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  • Publié le : 21 novembre 2010
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Jean Dubuffet (1901-1985)
S’articulant en un certain nombre de séries qui constituent à chaque fois un changement de style, l’œuvre de Dubuffet n’en est pas, pour autant, moins cohérente du point de vue de la pensée et d’une certaine vision de l’homme, de l’art et de la culture. Réduire son œuvre à l’art brut ou inspiré des dessins d’enfance, serait oublier le caractère délibéré d’un tel art etson côté savant, alimenté par de nombreux écrits théoriques.
S’intéressant à la représentation du corps humain, Dubuffet y revient à plusieurs reprises. Notamment en 1950-1951, avec la série des Corps de dames, il se mesure au genre le plus sacré de la peinture occidentale : le nu féminin.
Il dépouille la figure humaine de ses plus chères prérogatives : ordre, beauté, symétrie. Il aplatit lesformes qui se confondent dans la matière. « Changés en galette, aplatis au fer à repasser », selon ses dires, les corps sont transformés en des champs ouverts de matière chaotique, juste un peu cernés par de lointains et vagues contours. Toute profondeur est abolie. L’espace pictural coïncide avec la surface du support.
Derrière la monstruosité des corps représentés se cache néanmoins un propos,d’ordre philosophique : montrer que le corps demeure plus complexe qu’on ne croit, donnant à voir une vision organique de la machine humaine, comme vue de l’intérieur.
Le peintre américain William de Kooning est subjugué par ces peintures présentées à New York en 1951. Il s’en inspire pour élaborer ses Womens.


Jean Dubuffet, Le Métafisyx, 1950
Huile sur toile, 116 x 89,5 cm
Cette œuvredérange. C’est la première et insistante constatation qu’on peut faire à son sujet. On ne peut pas lui trouver le côté ludique et drôle de son Olympia (1950) ni la bonhomie d’autres figures féminines réalisées précédemment, Terracotta la grosse bouche, 1946, par exemple.
Ce qui frappe d’abord c’est la couleur, faisant massivement « corps » avec la matière picturale, lourde, épaisse. Cette couleurévoque celle de l’or, et confère à la silhouette féminine un caractère d’icône ou plutôt d’idole sacrée. Pourtant c’est à une désacralisation de la représentation du nu féminin que l’on assiste ici.
La figure s’étale immense, prenant largement possession de l’espace, la tête, de taille réduite, est déjà l’annonce d’un crane. Appel à la dimension mortelle, à l’être-matière-finie ; femme rime iciavec mère, mater, materia. Les écrivains au XXe siècle ont largement insisté sur cette dimension de la femme, « cette mère qui nous donne la vie mais pas l’infini » de Beckett, ou alors «ces femelles qui nous gâchent l’infini » de Céline ou de Joyce.
Le titre au masculin n’arrête pas d’intriguer, un titre qui est un curieux néologisme, formé par le mot métaphysique, le mot sphinx qui se lit entreles syllabes, et autre chose encore car, avec ironie, Dubuffet change les consonnes et déstabilise toute lecture univoque de l’œuvre par son titre.
Francis Bacon (1909-1992)
Destituant les autres genres, nature morte et paysage, Francis Bacon s’attache impitoyablement à la représentation picturale du corps humain. Dépassant la figuration, Bacon ne se tourne pas vers l’abstraction mais, comme lesouligne Gilles Deleuze, vers la sensation, comme Cézanne, même si, en apparence, il n’y a que des différences entre les deux peintres. « La sensation, c’est ce qui est peint. Ce qui est peint dans le tableau c’est le corps, non pas en tant qu’il est représenté comme objet, mais en tant qu’il est vécu comme éprouvant telle sensation. » (Gilles Deleuze, Francis Bacon, Logique de la sensation.)
LeXXe, siècle qui s’est surpassé en massacres, tortures et horreurs, trouve dans l’artiste irlandais son « chroniquer » qui en éprouve, à travers une peinture de corps disloqués et devenus chair, toutes les convulsions. Les séries des crucifixions, des papes d’après Velazquez, les portraits de ses amis ou d’hommes d’affaires, l’humanité entière semble se tordre et se vomir elle-même dans...
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