Jean marie lepen

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  • Publié le : 13 novembre 2011
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Les faits n’ont pas raison
Le pluriel du mot fait dans le sujet évoque une multiplicité indéterminée de ce qui arrive de manière aléatoire, ce qui se passe sans nécessité et surtout sans intention, ce qui peut laisser l’homme perplexe lorsqu’on sait qu’il est en quête de sens, ne serait-ce celui a donner à son existence. Aristote affirme que « par nature, l’homme désire savoir » cela signifiequ’il n’est pas le spectateur passif de sa propre existence ni de cette histoire dont il est aussi acteur. Il y a une ambigüité au sein de l’histoire quand on parle des faits, entre nécessité et hasard, d’une part, et entre sens et non sens, d’autre part. Si les faits signifient ce qui s’est passé, avoir raison consiste à reconstituer ce passé, à lui donner un sens par une interprétation qui vients’ajouter.

L ’enjeu pour l’histoire
La connaissance exacte du passé est un idéal qui n’apparait qu’au XVIII° siècle et qui consiste à dire comment les choses se sont passées réellement. Il y a dans les balbutiement de cette histoire objective, le souci d’établir une connaissance des événements (dates, lieux, actions). On cherche à distinguer alors l’histoire de la légende du mythe ou de la fable ;l’histoire vise alors à être un discours objectif, scientifique. Quel est le rôle de la raison ? Elle nous permet dans son usage théorique de se méfier des sensations, de l’imagination et de la sensibilité. La raison est l’instrument privilégié de la connaissance. Son discours (en grec logos) s’oppose à l’interprétation. Avoir raison contre les faits signifierait alors donner une interprétationjuste de ce qui se passe, s’est passé, voire va se passer.

Avoir raison c’est soutenir une opinion

Les faits dans l’histoire
Une génération d’historiens entre les deux guerres mondiales a reproché à leurs prédécesseurs de ne retenir que les faits compris comme des événements marquants, des faits de grands hommes et de grandes actions sans tenir compte de ce qui arrive du point de vueéconomique, social, démographique, anthropologique. Pour Lucien Febvre ou Marc Bloch par exemple, initiateurs de l’école des annales, les faits ne nous donnent ni raison ni tort, ils sont les éléments indispensables d’une histoire qui n’est pas globale comme le pensaient les philosophes de l’histoire au XIX siècle. Si l’histoire des faits relève de la raison, ce n’est pas au sens d’une reproductionpossible de leur multiplicité en les ordonnant selon des lois et des déterminations logiques.

L’interprétation des faits
Les lois de la science sont des rapports constants entre des phénomènes, ce qui signifierait que l’on puisse ordonner les faits selon ces « longues chaînes de raison » dont parle Descartes à propos de la connaissance. Or il existe une subjectivité irréductible de l’homme quiétudie les faits : journalistes, historiens, hommes du commun, aucun n’échappe à l’interprétation du réel et sa part d’arbitraire. Il suffit de lire n’importe quel rapport d’événement pour le constater : les points de vue divergent. Avoir raison contre les faits apparaît alors comme une sorte de justification idéologique du présent et cela diffère selon les idéologies. Du rapport des faits à l’histoire,l’écart est le même que du rapport des faits à notre raison.

Le relativisme des opinions
Jusque ici on a essayé de prendre le mot raison au sens propre pour montrer la difficulté de rendre raison des faits, c’est-à-dire de les juger de manière objective, de les connaître. Or, avoir raison signifie donner tort aux faits ce qui est improbable car les faits arrivent, indépendamment de notrevolonté et de notre jugement. Avoir raison, en ce sens, signifie faire triompher son opinion, la vérifier par des faits ou invalider nos prédictions en montrant que ce qui arrive nous donne tort… On ne peut pas réduire l’histoire à un tel relativisme qui la rangerait parmi les simples opinions. Il faut distinguer les faits des passions individuelles, des jugements préconçus, non démontrés, et...
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