Joie sans condition

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  • Publié le : 8 avril 2011
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Nous avons vu que la conscience habituelle, que nous appelons vigilance est dominée par l’objet. La vigilance est ek-statique. Il est donc tout à fait normal que notre besoin de contentement se reporte sur les objets, car nous pensons qu’ils sont la condition d’un contentement véritable. De là suit que nous avons tendance à identifier le bonheur au plaisir. Pour la même raison  - et dansla foulée - nous identifions le bonheur à la satisfaction des désirs. Une fois ces croyances inconscientes installées, elles produisent et reproduisent toutes sortes de fantasmes. Il ne saurait y avoir de plus grand bonheur que de vivre sous l’arbre qui exauce tous les désirs ou d’entrer en possession de la lampe d’Aladin, pour avoir un génie à sa disposition ! Mais notre vie réelle est biendifférente, il nous faut lutter lutter  durement pour "obtenir" le bonheur, ou bien, en cas d’échec, nous résoudre à nous ménager quelques compensations, sans pour autant abandonner sa poursuite.
    Dans ces conditions, la vie, ce n’est pas la joie ! C’est une lutte constante, des déceptions sans nombre émaillées de quelques rencontres heureuses, très volatiles, il est vrai. L’univers ne consent quetrès peu à coïncider avec nos désirs. Nos joies sont rares et éphémères, nos souffrances plus fréquentes et continues. C'est ce que dit Schopenhauer. C’est ce qui explique la nostalgie de l’enfance chez les écrivains. Enfant, nous savions très bien ce qu’est la joie, enfant nous éprouvions une joie d’être sans autre cause que nous-mêmes. Mais il nous semble impossible de la retrouver. D’ailleursl’idée même d’une joie sans condition est incompatible avec notre conscience habituelle. Si nous la rencontrons, c’est pour la rejeter avec une pointe de cynisme ou de mépris : « c’est le bonheur de l’imbécile heureux ! ». ; ce qui veut dire : "Je préfère ma souffrance... plutôt qu’un bonheur à la Forrest Gump !"
     Revenons donc sur cette question. Peut-il y avoir une joie sanscondition? Peut-il y avoir une joie qui soit un état d’être ?
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A. Plaisir, joie, gaieté et motivation
    Revenons sur ce que nous disions précédemment, pour apporter quelques compléments. Si nous écoutons attentivement ce qui se dit communément à propos de la joie, nous y trouvons toutes sortes de confusions. Non seulement nous avons tendance à objectiver la joie en l’attribuant systématiquement àun « quelque chose » d’extérieur, mais nous mélangeons la joie avec le plaisir, avec la gaieté, la fierté de la puissance exercée ou une motivation forte.
     1) Nous avons vu que le bonheur est différent de la joie tirée de la satisfaction d’un désir longtemps porté. Il y a bien sûr une joie de voir son nom écrit sur la liste des admis à un examen ! C’est la joie qui fait danser les candidatsdu baccalauréat devant les grilles du lycée. Cela ne fait aucun doute. Mais la joie est-elle seulement le résultat de la satisfaction d’un désir ? Même dans ce cas, si nous y regardons de plus près, nous verrons que ce qui fait jaillir la joie et bien plus subtil. Il y a d’abord une libération de la quête, l’abolition de la tension temporelle du désir. Il y a aussi et  surtout, une symbiosemomentanée parfaite, entre ce que nous sommes et la vie. La fête enivrante dans laquelle nous éprouvons une unité entre ce que nous sommes et ce qui est. La coïncidence qui nous faire ressentir la vie comme pleine et entière est la Joie. A tout prendre, nous allons le voir, en réalité, le désir n’a été que l’occasion pour que se manifeste cette expérience.
    Ce qui nous le montre nettement, c’estqu’il existe une joie qui jaillit de l’inattendu. De la surprise. Et elle n’a rien à voir avec le désir. La banque qui vous fait un reversement inespéré. Une lettre qui vous dit que demain, vous aurez la visite d’un ami que nous n’avez pas vu depuis une éternité. Un journal qui vous annonce le passage dans la ville d’un musicien formidable. C’est magnifique ! « Je m’en réjouis » ! Les joies de...
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