Jules supervielle

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  • Publié le : 11 avril 2011
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Comme Apollinaire et la plupart des poètes de son temps, Jules Supervielle s'est trouvé engagé dans la « longue querelle de la tradition et de l'invention ». Mais entre l'ancien et le nouveau, entre l'Ordre et l'Aventure, il n'a pas voulu choisir, s'établissant plutôt dans « l'entre-deux », ainsi que le rappelle Michel Collot dans sa Préface aux Oeuvres poétiques complètes. Cette riche Pléiade,où l'on ne compte pas moins de 400 pages de notices et de notes, qui éclairent la genèse, la structure, les thèmes, les formes, la réception de chaque recueil (appuyées sur une étude génétique précise des variantes), vient consacrer tardivement l'un des poètes les plus importants de ce siècle, jusqu'alors plutôt délaissé par la critique, peut-être pour avoir voulu être « un conciliateur, unréconciliateur des poésies anciennes et modernes », ainsi qu'il l'avoue lui-même dans Naissances.
***
A l'élection de « l'entre-deux » comme espace privilégié de l'écriture, la biographie du poète apporte une première explication. Né à Montevideo, en Uruguay, de parents français, Jules Supervielle est à peine âgé de huit mois lorsque son père et sa mère, en août 1884, traversent l'Atlantique etrejoignent la France où ils disparaîtront accidentellement quelques mois plus tard. D'abord recueilli par sa grand-mère maternelle au Pays basque, Supervielle s'en retourne à Montevideo avec son oncle en 1886. Il en reviendra huit ans plus tard pour entreprendre ses études secondaires à Paris, au lycée Janson-de-Sailly. Son imaginaire d'orphelin va se loger entre deux mondes. Ses premiers essais d'écriturevont tenter tant bien que mal de conjurer l'oubli et de consoler la perte. La première plaquette de poèmes que Supervielle publie à compte d'auteur, en 1901, s'intitule significativement Brumes du passé . Elle s'ouvre sur un court texte « A la mémoire de mes parents »:
« Il est deux êtres chers, deux êtres que j'adore,
Mais je ne les ai jamais vus,
Je les cherchais longtemps et je les chercheencore.
Ils ne sont plus... Ils ne sont plus... »

Fasciné par le vide et l'absence, le poète adolescent ne peut alors que s'essayer à des évocations mélancoliques dont le caractère très conventionnel suffit à démontrer combien elles font office de diversions à la douleur ou de déni d'une vérité insupportable. Supervielle entre en poésie en s'efforçant de boucher un trou. Il n'est pas encore àmême de faire entendre sa voix, puisqu'il lui faut avant tout suturer les lèvres de sa blessure intime et éluder son « moi profond ». Le lyrisme sentimental de ses débuts entremêle des influences étrangères : un peu de Parnasse pour la description, un peu de symbolisme pour le rêve éthéré, et beaucoup de musique verlainienne pour l'inflexion des « voix chères qui se sont tues »... Si limitésoit-il, cet originel rapport à la poésie ne manquera pas d'infléchir la trajectoire tout entière de l'oeuvre de Supervielle dont il semble qu'une part importante tende vers un classicisme naïf. C'est dire qu'elle maintiendra jusqu'au bout un rapport à la tradition du vers et à sa mélodie ayant pour objet d'inscrire contradictions et déchirures dans une langue de la continuité qui les apaise. « Pourmoi, avouera-t-il dans Naissances, ce n'est qu'à force de simplicité et de transparence que je parviens à aborder mes secrets essentiels et à décanter ma poésie profonde. »
Mais à partir de Débarcadères, dont la première édition paraît en 1922, et dont le premier texte date de décembre 1919, une autre dimension de Jules Supervielle apparaît. S'en étant retourné à plusieurs reprises en Uruguay, s'yétant marié, ayant fait de nombreux voyages, ayant lu Claudel, Rimbaud, Mallarmé, Laforgue et Whitman, le poète parisien s'avère enfin capable de dire la mer et l'Amérique dont sa famille perdue et lui-même proviennent. Influencé sans doute, comme nombre de poètes de sa génération, par la lecture des Feuilles d'herbe autant que par celle des Cinq grandes odes, il fait entrer les horizons...
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