Julien gracq, le rivage des syrtes.

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  • Publié le : 24 mai 2010
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SIBILLE Claire
11.03.10

Explication de texte

Julien Gracq, Le rivage des Syrtes.

« La beauté sera convulsive ou ne sera pas ». Cet extrait semble illustrer parfaitement cette parole d’André Breton. Ici le texte a cette beauté effrayante et menaçante. Le Rivage des Syrtes est avant tout un roman de l'attente, il retrace l’histoire d’Aldo est un militaire envoyé sur unposte-frontière, sur le rivage des Syrtes, pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est étroitement liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités du peuple voisin. Cet extrait est, justement, un moment charnier du roman, Aldo découvre untableau où figure Piero Aldobrandi, l’ancêtre de Vanessa Aldobrandi, tristement célèbre pour avoir trahi sa patrie, et s’en voit littéralement envoûté. En quoi ce tableau devient-il une menace pour l’ordre régnant dans la calme ville d’Orsenna.

Dès le début du texte, on retrouve l’impression d’un contour inhabituel, d’un tissu onirique , le décor semble indéfini. Il semble renvoyer à deséléments indicibles du monde réel. La personnification de la perspective, avec le terme « cavalière » donne l’impression d’un paysage à la limite de l’épique qui s’oppose à la monotonie du quotidien d’Aldo à l’Amirauté, de plus ce mouvement vers le bas, avec « très plongeante » donne au tableau un mouvement tragique qui trahit un effet de lourdeur, tout s’en voit tiré vers le bas. Cette idée se voitrelayée dans la ligne suivante, où le narrateur présente un sommet « tronqué », tout idéal semble, alors, impossible. L’adjectif « basse » décrivant le sommet renflé de la montagne ne se détourne pas du sens, gardant toujours cette idée de lourdeur. Le narrateur précise que cette idée de lourdeur est intimement liée avec celle d’immensité. L’immensité des montagnes, qui dès lors paraît déjà effrayant,le devient d’autant plus, en s’animant, « vivant » ligne 6. Un jeu de sonorité est en harmonie avec cette idée de lourdeur, la « masse », de la ligne 5, renvoie à l’adjectif « basse » de la ligne précédente. La montagne devient dès lors, une « patte géante », on peut parler de métonymie, ce qui ne va pas s’en rajouter un caractère effrayant à la métaphore, cette montagne, qui paraissait déjàimmense, n’est une minime partie du corps de ce monstre menaçant. L’adjectif « imminent » prend alors tout son sens, cette montagne apparaît comme nouvellement présente, comme venue pour écraser le paysage. Le village semble comme encerclé par une menace pesante. Ensuite, le terme « amphithéâtre » apparaît telle la mise en scène de l’horreur. La ville est tel un « mirage », ainsi la ville sembleimpuissante face à cette « patte » menaçante, elle semble trop minuscule pour s’imposer dans la réalité. La frontière entre le rêve et la réalité, même si la peinture semble réaliste, reste floue.

Cette description contraste avec la soudaine luminosité de la seconde composante du tableau. Le tableau peint une scène d’été, où, dans la même phrase, cinq mots viennent appuyer cette idée deluminosité : « ensoleillement », « après-midi », « étincelant », « reluire », « chaleur». Mais cette description positive revêt cependant un tout autre sens dans les lignes suivantes. Ce contraste peut, en effet, se marier, en devenant tous deux une sorte de vision prémonitoire préparant une scène de massacre. Le côté solaire de ce passage peut facilement renvoyant à une destruction par le feu et lesflammes. Le terme « mirage », de la ligne 11, témoigne de la frontière très mince entre le rêve et la réalité dans cette peinture qui se veut réaliste. On peut également parler d’Ekphrasis, la description finit par devancer l’image. Ce n’est non plus la réalité du tableau que décrit le narrateur, mais l’émerveillement que fait naître en Aldo ce tableau. On peut parler d’une description...
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