Justice, force.

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  • Publié le : 14 décembre 2011
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Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi.

La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique.

La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui estjuste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.

La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste.

Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.Pascal
[1. Introduction]
Justice, force.
À chaque élection en Tunisie, depuis deux décennies, le président Ben Ali est réélu à 99 % des voix. Il légitime ainsi le règne de sa force et lui donne une apparence de pouvoir juste.
Selon Pascal, dans le texte que nous allons commenter, la justice a besoin de la force pour s'appliquer, la force, de la justice pour se légitimer. Il faut donc lesassembler. Mais, dans les faits, c'est la force qui a corrompu la justice et se prétend juste à sa place.
Après la lecture de ce texte de Pascal, on s'interroge. Peut-on mettre la force au service de la justice sans que le processus ne s'inverse? Les hommes ne respectent-ils la justice que parce qu'ils y sont contraints? La justice peut-elle annihiler la force et se maintenir indépendammentd'elle? Le droit, qui est supposé être l'expression de la justice, n'est-il en fait que le droit du plus fort?
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[2. Explication détaillée]
[Première partie]
Dans un premier temps, Pascal oppose les concepts de justice et de force et conclut à la nécessité de les mettre ensemble (du début à "…ou que ce qui est fort soit juste."). Puis, il dénonce ironiquementla force qui se prétend juste (de "La justice est sujette à dispute …", jusqu'à la fin).
Le texte est construit comme une boule-de-neige qu'on pose en haut d'une pente et qui se met à rouler et à grossir, sans que l'on puisse l'arrêter. L'enchaînement des arguments est comme une suite d'événements irrémédiables qui conduit à la catastrophe finale, trahissant le pessimisme de Pascal en ce quiconcerne le genre humain.
Pascal attaque son argumentation par deux mots : "Justice, force", deux concepts qui semblent tout d'abord opposés.
Le concept de justice est pris à la fois comme norme du droit, c'est-à-dire comme le système abstrait des valeurs fondamentales qui défend les idéaux d'égalité entre les hommes, de liberté individuelle et de droit à la sécurité et sur lequel se fonde lalégitimité; et comme institution judiciaire, c'est-à-dire comme le système concret de la justice dans la société, chargé de faire respecter ces principes et sur lequel s'appuie la légalité.
Quant au concept de force, Pascal joue sur son ambiguïté : est-ce une force d'oppression, violente, ou une force vertueuse, puissance au service du bien? Si l'on prend "force" comme "force d'oppression", elle estantagoniste avec la justice car dans cette force-là règne l'inégalité, la hiérarchie, la domination, toutes choses contraires à l'égalité et à la liberté défendues par la norme de justice. Si l'on prend "force" comme "force vertueuse", alors on la met au service de l'idéal de justice, comme instrument du judiciaire, puissance qui défend la justice, va avec elle et lui est subordonnée.
Après avoirjuxtaposé les deux concepts de justice et de force et les avoir ainsi implicitement opposés, Pascal va explicitement caractériser cette opposition.
"Il est juste que ce qui est juste soit suivi". En d'autres termes, nous sommes moralement obligés de faire ce qui est juste. Mais c'est justement parce que nous y sommes "obligés" que nous avons la possibilité de nous y soustraire. Et dans ce...
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