Kant vers la paix perpetuelle

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  • Publié le : 28 décembre 2011
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Il est difficile de résumer l’œuvre de Kant, tant celle-ci est riche. Kant consacre une partie de son œuvre à l’élaboration d’une « théorie de la connaissance », fondée sur un criticisme qui tente de dépasser l’opposition dogmatisme / scepticisme.

Histoire et politique sont deux thèmes récurrents dans la philosophie kantienne, qu’il développe dés ses premiers écrits. Lorsque Kant critique lamajesté de la législation ou la sainteté de la religion, il a conscience que l’histoire de la liberté franchit un nouveau pas dans le siècle des Lumières. Il se fait ainsi un devoir de participer à une réalisation de la finalité de la nature. La fécondité de son criticisme, accessible d’après sa conception des Lumières à tous, publiquement (voir Qu’est-ce que les Lumières?), fait de lui leprécurseur de la philosophie de l’histoire et de la philosophie politique modernes. « C’est par le mal que commence l’histoire de la liberté, car elle est l’œuvre de l’homme. Si on la raconte empiriquement, l’histoire de l’humanité ne peut donner lieu qu’à un récit privé de sens, plein de bruit et de fureur. Quant au problème de la constitution des

sociétés humaines, il est si peu d’ordre rationnel etmoral qu’il pourrait être résolu par un peuple de démons pourvu qu’ils fussent intelligents, puisqu’il s’agirait de trouver un système garantissant leurs vies et leurs biens à des êtres dont chacun voudrait s’exempter des lois permettant d’y parvenir. »
Dans cette optique, Kant publie en 1795 le Projet de paix perpétuelle, qui sera le premier de ses ouvrages traduit en français. En effet, ausortir de la Terreur qui suivit la Révolution française et à la fin de la coalition européenne anti-révolutionnaire, ce texte qui prône la République comme source d’une paix perpétuelle véhicule un vrai message d’espoir. Si Kant n’exploite pas le premier cette idée (elle est intimement liée au siècle des Lumières: l’Abbé de Saint-Pierre en fait la probable introduction dans Projet pour rendre la paixperpétuelle en Europe en 1712, qui sera vivement critiqué par Rousseau ou Leibniz, la considérant comme une utopie), il est pourtant le premier à la porter vers une réalité moins idéaliste, plus accessible, en l’associant avec sa vision du

cosmopolitisme nécessité par la Nature. Pour atteindre la paix perpétuelle, l’homme ne doit pas lutter contre sa nature, mais bien aller dans son sens.

*Leplan général de l’œuvre.
Kant débute son Projet de paix perpétuelle par une clausula salvatoriaintitulée « à la paix perpétuelle », une courte introduction lui permettant de se préserver de la censure, chose courante durant le régime de Frédéric-Guillaume II et son ministre Wöllner, en excluant d’office toute interprétation malveillante de son œuvre: d’une ironie certaine, il écrit que lespolitiques, dont le bon sens est de nature empirique, n’ont ainsi pas à se soucier de la théorie, qu’ils assimilent à des « idées creuses ».
Puis il entame son projet par six articles « préliminaires d’une paix perpétuelle entre les États » regroupés dans une première section. Chacun de ces articles est précédé par l’énonciation de l’idée qu’il contient, celles-ci devant servir de fondements à untraité de paix perpétuelle. Pour Kant, une telle paix ne serait possible seulement si le traité qui la définit assure sans équivoque sa nature perpétuelle. De plus, il est impératif que l’intégrité de l’État, incarnation de son peuple en une entité nécessairement indépendante, soit absolument protégée: il ne doit d’aucune manière être cédé à un autre État, ni contracter de dettes envers des créanciersextérieurs à lui même et il lui faut se garder d’intervenir dans les affaires publiques des autres. Enfin, il lui faut pour éviter le conflit armé et préserver les droits de l’humanité se défaire de son institution militaire permanente; quand bien même l’état de guerre serait atteint, il ne doit pas se livrer à la malveillance, fourberie ou perfidie, le machiavélisme, la confiance réciproque...
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