Koltes

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  • Publié le : 30 décembre 2010
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2) La réalité de l’assassinat
Horn établit la vérité en deux phrases qui viennent ruiner tout le discours de Cal: « Tout le monde t’a vu tirer« ; « Tout le monde t’a vu monter dans le camion« . La symétrie de la construction renforce la véracité de ces deux affirmations, fondées sur l’évidence de le présence des témoins, et dessinent le portrait d’un personnage violent, Cal, capable d’abattre unhomme puis d’écraser ensuite son cadavre. Ce déchaînement se confirmera dans la dernière tirade de Cal, lorsqu’il évoquera ce qu’il a fait du corps, avant de le jeter à l’égout.
Le racisme de Cal est sensible dans sa tirade même: d’abord Koltès prend soin d’indiquer dans les didascalies « imitant l’accent nègre » (Cette imitation a pour but de ridiculiser les ouvriers noirs) d’autant que Calles  présente comme des marionnettes: « oui patron« , formule répétée 3 fois; « non patron« , une fois.
La haine du personnage est aussi manifeste du fait que tout acte de désobéissance est considéré comme une insulte personnelle: « Alors il me crache aux pieds et il part. Il m’a craché aux pieds et à deux centimètres c’était sur la chaussure« . Le reprise du verbe cracher au présent et au passécomposé témoigne bien du fait que pour Cal il s’agit là d’un affront terrible. La paranoia du personnage se déclinera de fait dans la tirade sur les crachats à la scène 12,mais le crachat d’Alboury sur Léone manifestera la violence du geste lui-même. Tout le décalage vient ici de la localisation, si l’on peut dire: « aux pieds« , « à deux centimètres, c’était sur la chaussure« . A la scène 15, laviolence sera effective, la didascalie précise: « Il crache au visage de Léone ».
Lorsque le spectateur apprend ce qui s’est passé, il comprend aussi que la situation ne peut qu’empirer: Horn est dans l’incapacité totale de restituer le corps de Nouofia, et Alboury n’est pas apparu comme susceptible de lâcher prise: le conflit semble inéluctable, d’autant que les deux blancs, Horn et Cal sont aussien train de s’opposer l’un à l’autre.
II Les chiens entre eux
1) Cal
Cal est présenté avant tout comme un enfant: l’affection qui le lie à son chien « Toubab » relève de cette dimension enfantine: il est à fois inquiet pour lui: « Toubab! Je l’entends. Il traîne près de l’égout » et en même temps le rejette, parce que celui-ci l’a abandonné.  En parlant de son chien, il hésite entre la deuxièmeet la troisième personne, il l’insulte: « Saloperie », « Vieux Cabot », et affirme ne pas vouloir faire un geste pour lui: « Qu’il y tombe, je ne bougerai pas« ; « je n’irai pas te repêcher« ; « S’il tombe, je ne bouge pas ».
Dans la mise en scène de Thalheimer, à aucun moment, on n’entendait d’aboiements de chiens: tout se passait comme si Toubab n’existait pas réellement, mais constituait pourCal une sorte de présence imaginaire, signe de de son rattachement à un univers enfantin.
En même temps, la chute possible de « Toubab » dans l’égout renvoie au corps de Nouofia que Cal a volontairement jeté dans le même égout, et préfigure la mort du « blanc »,et de son animal symbolique, le chien.
Le comportement de Cal vis à vis de son chien se retrouve dans sa manière d’agir avec lesouvriers: il veut tout commander, il ne supporte pas qu’on puisse lui désobéir. Là encore, il s’agit d’une attitude enfantine, la recherche et l’illusion de la toute-puissance. Et comme un enfant, Cal croit pouvoir effacer par la parole ce qui est réellement arrivé: « Je peux te le dire », « je leur dis« ; « Moi je dis« ; « Je demande encore« , « C’est comme je te dis« . (Le verbe « dire » s’opposant àl’évidence du « voir » énoncé par Horn). Il essaye même des formules de substitution: « le coup de feu, c’est l’orage« ; « Le camion, c’est la pluie qui aveuglait tout« , « Ce n’est pas moi, c’est une chute« .
2) Horn
A l’inverse Horn apparaît comme une figure d’autorité, une figure paternelle à laquelle Cal ne cesse de se référer, même si la différence culturelle est elle-même reconnue par le...
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