Kundera, le rideau

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Le Rideau,

Milan Kundera

PREMIÈRE PARTIE
CONSCIENCE DE LA CONTINUITÉ

Théorie du roman

Fielding a été l’un des premiers romanciers capables de penser une poétique du roman ; chacune des 18 partie de Tom Jones s’ouvre par un chapitre consacré à une sorte de théorie du roman. Il parle de la « nouvelle province » qu’est le roman et refuse d’utiliser les mots novel et romance, pour nepas associer son œuvre aux « romans stupides et monstrueux ». Il évite soigneusement le terme de roman et désigne cet art nouveau par cette formule alambiquée mais remarquablement exacte : « un écrit-prosaï-comi-épique » (prosai-comi-epic writing). Il essaie de déterminer la raison d’être de cet art : « l’aliment que nous proposons ici à notre lecteur n’est autre que la nature humaine ». Il élèvedonc le roman au rang d’une réflexion sur l’homme en tant que tel. Dans Tom Jones, au milieu de sa narration, Fielding s’arrête soudain pour déclarer qu’un des personnages le stupéfie ; son comportement lui apparaît comme « la plus inexplicable de toutes les absurdités qui soit jamais entrée ds la cervelle de cette étrange et progidieuse créature qu’est l’homme ». En effet, l’étonnement devant cequi est inexplicable est pour Fielding la première incitation à écrire un roman, la raison de l’inventer. L’ « invention » est le mot-clé pour Fielding. Le romancier découvre un aspect de la nature humaine jusqu’alors inconnu, caché de la « nature humaine » ; une invention romanesque est donc un acte de connaissance que Fielding définit comme « une rapide et sagace pénétration de l’essence véritablede ce qui fait notre contemplation ». Le roman est défini pour lui, par sa raison d’être, par le domaine de réalité qu’il a « découvert » (inventio : latin découverte). Sa forme en revanche relève d’une liberté que personne ne peut limiter et dont l’évolution sera une surprise perpétuelle.

Don Quichotte

Cervantès a envoyé ds le monde de la prose un personnage légendaire. La prose : ce motne signifie pas slmt un lgg non versifié ; il signifie aussi le caractère concret, quotidien, corporel de la vie. Dire que le roman est l’art de la prose n’est pas une lapalissade ; ce mot définit le sens profond de cet art. L’idée ne vient pas à Homère de se demander si après un corps-à-corps, Achille et Hector ont gardé toutes leurs dents. En revanche, pour Don Quichotte et pour Sancho, lesdents sont un perpétuel souci, les dents qui font mal, les dents qui manquent. « Sache, Sancho, qu’un diamant n’est pas aussi précieux qu’une dent ». mais la prose ce n’est pas slmt le côté pénible ou vulgaire de la vie, c’est aussi une beauté jusqu’alors négligée, celle des sentiments modestes comme celle de l’amitié empreinte de familiarité qu’éprouve Sancho pour don Quichotte. Celui-ci le blâmepour sa désinvolture bavarde en alléguant que ds aucun livre de chevalerie un écuyer n’ose parler à son maître sur ce ton. Bien sûr que non : l’amitié de Sancho, c’est une découverte cervantésiennne de la nouvelle beauté prosaïque : « … un petit enfant lui ferait croire qu’il fait nuit en plein midi : et pour cette simplicité je l’aime comme ma propre vie ». La mort de Don Quichotte est d’autant plusémouvante qu’elle est prosaïque : pendant trois jours, il agonise entouré des gens qui l’aiment, pourtant, « cela n’empêchera pas la nièce de manger, la gouvernante de boire, et Sancho d’être de bonne humeur ».

Le despotisme de la « story »

Qd Fielding proclame sa totale liberté envers la forme romanesque, il pense tout d’abord à son refus de laisser réduire le roman à cet enchaînementcausal d’actes, de gestes, de paroles que les Anglais appellent la « story ». Contre ce pouvoir absolutiste de la story, il revendique notamment le droit d’interrompre la narration par des dirgressions. Tristram Shandy apparaît comme la première destitution radicale de la story. Sterne renonce complètement à la story. Son roman n’est qu’une seule digression multipliée dont l’insignifiance des...
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