Kundera l'art du roman

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  • Publié le : 13 juin 2010
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KUNDERA, l’Art du roman

Kundera essaie de définir le roman «moderne »

Première partie : l’Héritage décrié de Cervantès

Pour Husserl l’identité spirituelle européenne naît avec l’ancienne philosophie grecque qui saisit le monde comme une question à résoudre parce que la passion de connaître s’est emparée de l’homme.
En 1935, Husserl dans ses conférences sur la crise de l’humanitéeuropéenne tentait de dater les origines de cette crise avec les débuts des temps modernes où les recherches scientifiques avaient réduit le monde à un simple objet d’exploration technique et mathématique et exclu le monde concret de la vie. Plus l’homme avançait dans son savoir en spécialisant les domaines de recherches, plus il perdait des yeux l’ensemble du monde et soi-même en sombrant dans «l’oublide l’être» comme le nomme Heidegger.

C’est l’ambiguïté de cette époque qui est dégradation te progrès à la fois et comme tout ce qui est humain contient le germe de sa fin dès sa naissance. Pour moi, le fondateur des temps modernes est aussi Cervantès avec qui un grand art européen s’est formé et qui n’est rien d’autre que l’exploration de cet être oublié.
Le roman européen en quatre siècles adévoilé, montré et éclairé tous les grands thèmes existentiels que Heidegger analyse dans Être et temps les jugeant délaissés par la philosophie européenne antérieure. Ainsi un par un le roman européen a découvert, à sa propre façon, par sa propre logique, les différents aspects de l’existence. Avec les contemporains de Cervantès il se demande ce qu’est l’aventure. Avec Samuel Richardson ilcommence à examiner ce qui se passe à l’intérieur, à dévoiler les sentiments. Avec Balzac il découvre l’enracinement de l’homme dans l’histoire. Avec Flaubert il explore la terra jusqu’alors incognita du quotidien. Avec Tolstoï il se penche sur l’intervention de l’irrationnel dans les décisions et le comportement humains. Il sonde l’insaisissable moment passé avec Proust et l’insaisissable momentprésent avec Joyce. Il interroge avec Mann le rôle des mythes qui, venus du fonds des temps, téléguident nos pas.
La passion e connaître s’est alors emparée de lui pour qu’il scrute la vie concrète de l’homme et la protège contre «l’oubli de l'être», pour qu’il tienne e monde de la vie sous un éclairage perpétuel. Broch répétait : Découvrir ce que seul le roman peut découvrir, c’est la seule raisond’être du roman. Le roman qui ne découvre pas une portion jusqu’alors inconnue de l’existence est immoral. La connaissance est la seule morale du roman.

Quand Dieu quittait lentement la place d’où il avait dirigé l’univers et son ordre de valeurs, séparé le bien du mal et donné un sens à chaque chose, Don Quichotte sortit de sa maison et il ne fut plus en mesure de reconnaître le monde. Celui-ci enl’absence de Juge suprême, apparut dans une redoutable ambiguïté ; l’unique Vérité divine se décomposa en centaines de vérités relatives que les hommes se partagèrent. Ainsi le monde des Temps modernes naquit et le roman, son image et modèle, avec lui. Comprendre avec Cervantès le monde comme ambiguïté, avoir à affronter, au lieu d’une seule vérité absolue, un tas de vérités relatives qui secontredisent, posséder donc comme seule certitude la sagesse de l’incertitude, cela exige une force non moins grande. A cause de cette incapacité à regarder en face en l’absence de Juge suprême, la sagesse du roman, sagesse de l’incertitude, est difficile à accepter et à comprendre.

Don Quichotte partit pour un monde qui s’ouvrait largement devant lui. Il pouvait y entrer librement et revenir à lamaison quand il le voulait. Les premiers romans européens sont des voyages à travers le monde, qui paraît illimité. Dans Jacques le fataliste, les héros se trouvent dans un temps qui n’a ni commencement ni fin, dans un espace qui ne connaît pas de frontières, au milieu de l’Europe pour laquelle l’avenir ne peut jamais finir. Un demi-siècle après Diderot, chez Balzac, l’horizon lointain a...
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