La barbe bleur

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1267 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 4 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Existe t-il des violences légitimes ?
« La violence est la loi de la brute » (Romain Rolland)
 
« Violence » : action d’intervenir sur quelqu’un en le faisant agir contre sa volonté, en employant la force et la brutalité.
« Légitime » : caractère de ce qui est reconnu conforme au droit, à l’équité, qui est justifié par le bondroit, la raison, le bon sens.
De ces deux définitions, puisées dans le Petit Larousse, il ressort une antinomie évidente entre « violence » et « légitimité ».
La violence est une puissance naturelle et commune aux hommes et aux bêtes. Il paraît donc difficile de pouvoir la légitimer. De la loi de la jungle à la culture génératrice, dans l’absolu, de sécurité et detranquillité, il y a le contrat social (dont parlait Hobbes), la communication, le désir de vivre ensemble pacifiquement… mais aussi l’utopie de croire que c’est possible, car « le mal radical est dans l’Homme » écrivait Kant qui reconnaissait qu’il existe dans l’être humain un penchant naturel au mal.
 Notre liberté s’est acquise par la force et dans la violence et c’est avec elles encoreque nous défendons ce privilège. La force a pour objet d’imposer l’organisation d’un certain ordre social dans lequel une minorité gouverne, la violence tendant à la destruction de cet ordre. Il est malheureusement plus problématique d’apaiser le désir de violence que de le déclencher. Qui serait encore prêt à « tendre l’autre joue » ?
 Etudions ensemble l’un des ressorts de la violencequi s’explique par la projection sur un autre du mal qui peut nous atteindre. Il est aberrant de penser que l’on peut vouloir réaliser une identité pleine et entière en imaginant que le sacrifice de certains autres y suffira. Cela a pourtant été justifié, voire légitimé, avec l’extermination des Juifs, des Tziganes, homosexuels ou handicapés mentaux afin de préserver la pureté de la race aryennequi se pensait menacée pendant le dernier conflit mondial. Il n’y a que la violence et la barbarie qui croient encore que les armes peuvent être légitimes pour résoudre certains problèmes.
La violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver une victime de rechange, un « bouc émissaire ». (Cette expression vient du Judaïsme. C’était un bouc que les prêtres, le jour del’Expiation, chargeaient de tous les péchés d’Israël avant de le sacrifier. Ce même animal est utilisé également pour représenter le Diable dans l’imagerie populaire…).
La violence est une relation conditionnée par le rapport à soi-même, à son origine, à son identité. Si cette relation implique de faire un certain mal pour protéger l’identité, alors ce mal cesse d’en être un pour son auteur. Laviolence peut puiser sa légitimité dans des raccourcis étonnants : si Auschwitz a été un crime contre l’Humanité, quiconque touche à un être humain est en bonne voie pour refaire Auschwitz. Ainsi, en banalisant la Shoah, on n’a plus à comprendre pourquoi c’est aux Juifs qu’on s’en est pris tout spécialement et on peut, encore une fois, retourner l’Histoire contre eux (c’est le « Heil ! Israël ! » deDieudonné), trouvant une justification aux attentats terroristes. La revendication identitaire est la base de la violence. Elle se veut légitime alors qu’elle n’est issue que de la peur, de l’ignorance et de l’intolérance.

L’état de droit, conçu afin d’éradiquer la violence et les guerres, dépend pour sa survie des instruments de la violence. Les couplets de notre hymne national entémoignent : « Allons, enfants de la Patrie… contre nous de la tyrannie… Aux armes, citoyens… qu’un sang impur abreuve nos sillons… ».
Si la violence affleure à chaque moment de l’Histoire, c’est qu’à l’origine elle suppose une incapacité à se parler, une impossibilité à utiliser le langage au lieu des armes.
La paix a un prix (« Qui veut la paix prépare la guerre »)....
tracking img