La bataille de frère jean dansgargantua de rbelais

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  • Publié le : 11 mai 2009
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Corrigé de commentaire littéraire Nourrie par les textes de l’Antiquité grecque et latine, par la culture du Moyen Âge et de la Renaissance, portée par la relecture de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’' uvre de Rabelais réclame un lecteur actif, capable d’assumer lui-même la responsabilité du sens de l’' uvre. Ainsi, le roman Gargantua, publié en 1535, connu pour son comique burlesque etsouvent grotesque, offre bien souvent un sens plus profond à trouver. Cette page du chapitre XXVII, évoque le moment où une partie de l’armée de Picrochole vient de pénétrer dans le clos de l’abbaye de Seuilly, dans l’intention de piller les vignes. Tandis que les moines ne prennent aucune décision concrète pour défendre leur clos, entre en scène Frère Jean des Entommeures, l’un des plus célèbreshéros de Rabelais. L’intérêt de ce passage est d’offrir un portrait positif et ironique d’un moine hors du commun en opposition avec le moine traditionnel, et de mener ainsi une satire de la vie monastique - bien connue de Rabelais puisque, moine lui-même, il décida de retourner à l’état laïc en 1528. Nous étudierons tout d’abord par quels procédés est valorisé le héros, véritable figure de liberté;puis nous verrons dans quelle mesure cette scène implique une satire du monde monastique. Le moine, tel que nous le présente le narrateur, n’est plus un type figé, un symbole de l’obscurantisme moyenâgeux. Son portrait, puis son discours, mettent en scène un héros caractérisé par son appétit de vivre et sa liberté de parole. L’héroïsation du moine apparaît d’emblée dans la structure du passage. Eneffet, le portrait qui l’ouvre est dessiné avec une extrême vigueur : un portrait saillant, ramassé en un paragraphe, qui tranche avec la communauté uniforme des moines. Une seule et longue phrase court des lignes 25 à 30 pour le décrire, suivie de deux phrases plus courtes à valeur conclusive où s’affirme le jugement positif du narrateur sur son personnage. Ensuite, le récit reprend à la ligne33 pour suivre les faits et gestes du personnage, inspirés par le bon sens et l’efficacité. Le rythme en est vif et les actions de Frère Jean se succèdent et culminent dans une prise de parole à la ligne 39 où il s’adresse à la communauté des moines au beau milieu de la messe ; pour lui la menace d’ordre temporel fait passer au second plan les préoccupations spirituelles. La passivité du groupe desmoines se transforme alors en agressivité à travers les paroles du « prieur claustral »aux lignes 48 et 49 : par un renversement ironique, Frère Jean devient l’ennemi. Sa prise de parole, d’abord sous forme de bref dialogue avec le prieur, se transforme en un long discours (l.50 à l.64) qui conduit de la défense personnelle à une tentative de mobilisation générale contre l’ennemi réel. La fin deson discours avec l’injonction « écoutez messieurs vous autres » (l.62), prend une couleur guerrière qui le métamorphose en héros épique : seul contre tous, il se dit prêt à exterminer ses ennemis : « je ne mourrai pas, car c’est moi qui vais faire mourir les autres ! ». Tout le passage est donc construit pour mettre en valeur Frère Jean et clore sur sa dimension épique. Ce portrait d’un hérosqui en appelle à la mort d’autrui est ironique car ce n’est pas le portrait attendu d’un moine ; c’est même un anti-portrait, mais positif. Le narrateur a surtout recours à l’énumération d’épithètes laudatives qui renvoient aussi bien au registre physique que moral : « jeune, fier, pimpant, joyeux», pour caractériser son tempérament heureux ; suivent deux épithètes plus physiques : « grand, maigre», qui donnent à Frère Jean une agilité de corps et une silhouette qui font habituellement défaut à ses pairs. Du coup, l’allusion traditionnelle à l’appétit gourmand des moines - « bien fendu de gueule »- et à leur concupiscence - « bien avantagé en nez », la longueur du nez ayant une connotation sexuelle-, est réinterprétée de façon positive grâce à la franchise et à la gaieté que respire le...