La bete humaine

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  • Publié le : 3 juin 2010
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Corps et Biens, Robert Desnos

« J’ai tant rêvé de toi »

Texte étudié

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contourde ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pourmoi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Lecture analytiqueIntroduction

Nous allons étudier un poème de Robert Desnos intitulé « J’ai tant rêvé de toi ». C’est une poésie consacrée à l’amour, le poète construit une figure féminine idéale qui ne sera jamais identifiée ni même identifiable sinon par l’amour qu’éprouve le poète pour elle. Il s’adresse directement à la femme aimée en quatre temps, chacun introduit par la reprise du titre. Nous nousdemanderons comment l’écriture poétique parvient-elle à transcrire la figure féminine idéale. Nous étudierons la force du lyrisme amoureux et la puissance du rêve qui y est associé.

I – Le lyrisme amoureux

1 – Le sentiment d’amour pour la femme

Le lyrisme se traduit dans un premier temps par sa force et son intensité, l’intimité est suggérée par les douze occurrences de « tu »évoquant la femme aimée. L’expression « par tant » intensifie cet aspect du sentiment qui est relancé par le comparatif « que » et le rythme ternaire des participes passés, « tant marché, parlé, couché avec ton fantôme ». Le sentiment devient hyperbolique et se redouble avec l’expression « l’amour et toi » et la périphrase, « la seule qui compte pour moi ». La relation prend forme dans le temps avec lecomplément circonstanciel « depuis des jours et des années ». L’amour se dévoile au niveau physique par fragments du corps féminin, il est également fait allusion au plaisir des sens, l’ouïe, « la naissance de la voix qui m’est chère », la vue, « devant l’apparence réelle de ce qui me hante », et le toucher, « atteindre ce corps », »mes bras habitués en étreignant ton ombre ». La femme n’est pasidentifiée mais elle est cependant réelle par la sensualité des propos. L’auteur partage ses sentiments avec le lecteur.

2 –La fragilité du sentiment

Elle est envisagée à deux niveaux, son expression prend la forme du doute, « est il encore temps ? », « il n’est plus temps », « sans doute », cette fragilité trouve sa justification, l’amour est fragile car il est éphémère. L’interjectionlyrique « O balances sentimentales » renforce cet aspect et anticipe sur l’impossibilité d’une union, il y a une mise à distance, « j’ai tant rêvé de toi » et « que tu perds ta réalité », le fantasme du poète devient démesuré, la sensation de proximité du « je » au « tu » s’efface progressivement et le rêve s’oppose à la réalité. Cette opposition domine désormais. Deux mondes s’affrontent etl’effet de distance s’intensifie. Le poète ne dit pas ta voix mais « la voix. Le monde du rêve et du fantasme le fait devenir « ombre » lui-même et il n’étreint plus « qu’une ombre ». L’union est impossible ainsi que le suggère l’emploi du conditionnel « sur ma poitrine ne se plieraient pas », et la forme négative. L’éloignement devient total par la comparaison, « je pourrais moins toucher ton...
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