La bruyère, "des jugements"

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  • Publié le : 31 mars 2009
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INTRODUCTION :

Jean de La Bruyère est connu comme un « moraliste ». Par ce terme, on a coutume de désigner des écrivains notamment du XVII° siècle, comme Pascal, La Rochefoucauld qui traitent de sujets moraux dans une forme brève : maximes, pensées. Le genre de prédilection de La Bruyère est le portrait. Son principal ouvrage, Les Caractères (1688), se donne pour but de corriger les hommesde son temps en leur tendant le miroir grossissant de la caricature. Mais il y a aussi, dans Les Caractères, des dissertations plus générales comme ce chapitre XII intitulé : « Des Jugements ». La Bruyère s’y interroge sur la validité des jugements humains.
Lecture.
L’intention dominante de cet extrait paraît être d’instruire un procès contre l’orgueil humain ; c’est ce que nous montreronsd’abord. Nous analyserons ensuite les différentes étapes de ce réquisitoire. Puis nous étudierons deux procédés qui confèrent au texte sa tonalité polémique : l’interpellation des hommes, et l’ironie.


1) UN REQUISITOIRE CONTRE L’ORGUEIL DES HOMMES :

Le thème de la « gloire » : A trois reprises dans le texte, l’auteur reproche aux hommes de régler leur comportement sur le souci de leur « gloire». Ainsi, ligne 23, c’est l’amour de la « gloire» qui sert à justifier les guerres : « Et si les uns ou les autres vous disaient qu’ils aiment la gloire… » (pour justifier leur goût de la guerre). Ligne 37, « la gloire » est encore dénoncée comme ce qui pousse les hommes au surarmement. Humoristiquement, La Bruyère personnifie la gloire : «elle aime le remue-ménage ; elle est personne de grandfracas ». Dans cette formule, où l’on retrouve le La Bruyère des portraits, la guerre est déguisée en « petit marquis », le vacarme de la mitraille identifié aux rodomontades bruyantes du vaniteux. Cette phrase, qui achève le texte, renvoie à la définition de l’homme proposée au début du texte : « espèce d’animaux glorieux et superbes » (l.4). Au XVII° siècle, les mots « gloire, glorieux » ont unsens ambivalent : ils ne désignent pas seulement (comme aujourd’hui) l’honneur reconnu, la réputation justement acquise ; ils désignent aussi le sentiment de satisfaction de celui qui a mérité de tels honneurs (la fierté, l’orgueil légitime) ou l’excessif contentement de soi (la prétention, la superbe, la vanité). C’est ce dernier sens qu’il faut donner à la formule de la ligne 4 : les hommes sontune espèce d’animaux vaniteux et prétentieux. Cette insistance lexicale nous aide à identifier la principale intention du texte : rabattre l’orgueil des hommes.

La comparaison avec les animaux : Tout au long du texte, La Bruyère compare les hommes aux animaux. Comme dans les Fables de La Fontaine, La Bruyère fait appel aux chiens, aux chats et aux loups, au faucon et à la perdrix, à l’éléphantet à la baleine, au lévrier et au sanglier, au lion et au singe, à la taupe et à la tortue pour juger le monde des hommes. L’homme est un animal parmi d’autres : les animaux sont ses « confrères », rappelle malicieusement La Bruyère (l.10) ; plusieurs locutions du texte désignant l’homme suggèrent la même idée : « animaux glorieux et superbes », « animal raisonnable». Ce seul rappel constitue déjàune incitation à plus de modestie et justifie la comparaison. Or l’homme se juge supérieur aux « autres » animaux alors qu’il leur est bien souvent très inférieur : « animaux glorieux et superbes qui méprisez toute autre espèce, qui ne faites même pas comparaison avec l’éléphant et la baleine » (l.5). Ainsi est annoncée l’idée qui sert de base à l’argumentation : l’orgueil humain est sansfondement. La comparaison avec les animaux sera le moyen de démontrer cette thèse.

Etudions maintenant les étapes de la démonstration.

2) LES ETAPES DE L’ARGUMENTATION :

1° argument : Petitesse de l’homme dans la nature : Le premier argument du texte (l.1 à 6) est d’ordre physique. Face aux « montagnes voisines du ciel », face à l’éléphant et à la baleine, les « petits hommes, hauts de...