La chine et l'afrique

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 42 (10257 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 5 décembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La Chine en Afrique : enjeux et perspectives
Laurent Delcourt1

L’irrésistible percée chinoise en Afrique suscite de vives controverses au sein de la communauté internationale. Levier à une future émancipation politique et économique du continent ou frein à son développement, voire facteur d’instabilité ? Une approche prenant en compte la diversité des points de vue et les multiples dimensionsde la relation sino-africaine permet de mieux en mesurer l’importance, les enjeux et les implications.

Bousculant les agendas internationaux du développement et redéfinissant les grands équilibres géopolitiques et économiques, la Chine n’a cessé depuis une quinzaine d’années d’élargir son champ d’action et de consolider sa présence en Afrique, traditionnel pré carré des puissancesoccidentales. Approbation en 2004 par Pékin d’une ligne de crédit de 2 milliards de dollars au gouvernement angolais au grand dam des institutions financières internationales ; contrat exceptionnel annoncé en 2007 avec la République démocratique du Congo ; croissance des investissements dans les secteurs du cuivre en Zambie, du charbon au Zimbabwe, du pétrole au Soudan et au Gabon ; acquisitions à grandeéchelle de terres au Cameroun, en Ouganda et en Éthiopie ; rachat en 2007 de 15 % des parts de la plus grande banque sudafricaine (Standard) ; construction prévue ou en cours de nouveaux barrages (Zambie, Ghana, etc.) ; lancement de multiples projets
1. Historien et sociologue, chargé d’étude au CETRI (Centre tricontinental), Louvain-laNeuve.

8 / la chine en afrique : menace ou opportunité pour ledéveloppement ?

d’infrastructure sur l’ensemble du continent (universités, voies ferrées, ports, routes, etc.) ; ballet incessant des diplomates chinois sur le sol africain… pas un jour ne se passe sans que les grands médias internationaux, tantôt outrés tantôt interloqués, ne se fassent l’écho de la geste chinoise en Afrique, tout en s’interrogeant sur ses implications et sur les motivationsréelles qui la sous-tendent. Motif d’inquiétude pour les uns, opportunité à saisir pour les autres, l’émergence de cette « Chinafrique » (Michel & Beuret, 2008) n’a pas manqué non plus d’interpeller les acteurs institutionnels et les spécialistes du développement, sur fond de vives polémiques, d’oppositions et de positionnements tranchés – et souvent stériles – sur la nature et les implications,les mérites et les limites, les défis et les risques posés par ce rapprochement « inédit », symbolisé par le désormais très médiatisé et commenté Forum on China Africa Cooperation (Focac)2. À en croire certains éditorialistes occidentaux, la Chine serait littéralement en train de dévorer et d’inféoder l’Afrique. Galvanisée par sa formidable croissance économique et mue par sa quête éperdue dematières premières, la recherche de nouveaux débouchés et son désir d’accroître sa sphère d’influence, la Chine ferait primer la seule poursuite de ses intérêts sur toute autre considération. Derrière le voile rhétorique d’une nouvelle « solidarité Sud-Sud », elle poursuivrait une stratégie mûrie et planifiée de longue date, visant à imposer à l’Afrique un nouveau rapport de type colonial. Son souciaffecté pour l’Afrique masquerait ni plus ni moins un tout autre agenda (Beuret & Michel, 2008). À cette suspicion sur les intentions réelles de la Chine, qui réactive à bien des égards le mythe du « péril jaune », sont venues se greffer les inquiétudes des institutions financières internationales et des bailleurs de fonds de l’OCDE. Tout en reconnaissant le rôle de la Chine dans la réinsertion ducontinent africain dans l’économie internationale et, dans une moindre mesure, l’efficacité de son aide, les donateurs « traditionnels » craignent par-dessus tout que la stratégie africaine de la Chine ne mine durablement les progrès réalisés par la communauté internationale en faveur des droits de l’homme,
2. Réunion trisannuelle entre dirigeants chinois et africains, lancée en 2000 à...
tracking img