.La cigale

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.Séries technologiques
Objet d'étude : Convaincre, persuader, délibérer
TEXTES A - Jean de LA FONTAINE, « La cigale et la fourmi », Fables, I, 1 (1668).
B - Jean ANOUILH, « Avertissement hypocrite », Fables (1962).
C - Jean ANOUILH, « La cigale », Fables (1962), © Editions de la Table Ronde, 1967.
D - Italo SVESO [1861- 1928], Fables (1954), traduit par Jean-Yves Masson, © EditionsFata Morgana, 2000.

Texte A
Jean de La Fontaine, La cigale et la fourmi
La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
5 Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
10 Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saisonnouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût (1), foi d'animal,
Intérêt et principal. »
15 La fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
20 Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien dansez maintenant.»
1. oût : août, mois où l’on fait les moissons.

Texte B
Jean Anouilh, Fables, Avertissement hypocrite
Ces fables ne sont que le plaisir d’un été. Je voudrais qu’on les lise aussi vite et aussi facilement que je les ai faites et, si l’on y prend un peu de plaisir — ajouté au mien — il justifiera amplement cette entreprise futile (2) . Il y a tant de gens dont c’est le gagne-pain de penser,de nos jours, que ce petit livre refermé et oublié, les occasions d’être profond ne vous manqueront certainement pas.
J. A., septembre 1961
2. futile : léger, dépourvu de sérieux, superficiel, sans intérêt.
Texte C
Jean Anouilh, Fables

La cigale
La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Dans maints casinos, maintes boîtes
Se trouva fort bien pourvue

5 Quand la bise futvenue.
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,
Dans plusieurs établissements.
Restait à assurer un fécond placement.
Elle alla trouver un renard,

10 Spécialisé dans les prêts hypothécaires
Qui, la voyant entrer l’oeil noyé sous le fard,
Tout enfantine et minaudière,
Crut qu’il tenait la bonne affaire.
« Madame, lui dit- il, j’ai le plus grand respect
15 Pourvotre art et pour les artistes.
L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect
Bien trivial (3) , je dirais bien triste,
Si nous n’en avions tous besoin,
De la condition humaine.
20 L’argent réclame des soins.
Il ne doit pourtant pas, devenir une gêne.
À d’autres qui n’ont pas vos dons de poésie
Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat
De gérer vos économies,
25 À trop debas calculs votre art s’étiolera.
Vous perdriez votre génie.
Signez donc ce petit blanc-seing (4)
Et ne vous occupez de rien. »
Souriant avec bonhomie,
30 « Croyez, Madame, ajouta- t- il, je voudrais, moi,
Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu’aux muses (5) ! »
Il tendait son papier. « Je crois que l’on s’amuse »,
Lui dit la cigale, l’oeil froid.
Le renard, tout sucreet tout miel,

35 Vit un regard d’acier briller sous le rimmel.
« Si j’ai frappé à votre porte,
Sachant le taux exorbitant que vous prenez,
C’est que j’entends que la chose rapporte.
Je sais votre taux d’intérêt.
40 C’est le mien. Vous l’augmenterez
Légèrement, pour trouver votre bénéfice. J
’entends que mon tas d’or grossisse.
J’ai un serpent pour avocat.
Il passerademain discuter du contrat. »
45 L’oeil perdu, ayant vérifié son fard,
Drapée avec élégance
Dans une cape de renard
(Que le renard feignit de ne pas avoir vue),
Elle précisa en sortant :
50 « Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement… »
(Ce dernier trait rendit au renard l’espérance.)
« Oui, conclut la cigale au sourire charmant,
On dit qu’en cas de non-paiement...
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