La communication intrapersonnelle

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  • Publié le : 1 juin 2010
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Introduction :
« Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. […] La honte est, par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit.» Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant (1943).

La communication intra personnelle n’est autre que le jugement que nous portons sur nous-mêmes, bien que celui-ci apparaissecomme indissociable du jugement que les autres portent sur nous.

L’Autre me scrute, me perce à nu, et ce que je veux dissimuler, impitoyablement, il me le signifie.

Nous prenons donc toujours en considération le jugement d’autrui lorsque nous communiquons avec nous-mêmes. Sans lui, nous serions incapables de nous remettre en question.

Mais peut-on nous détacher du regard des Autres ? Peut-onéchapper à la violence symbolique que les Autres exercent sur nous ?

Pour traiter ce sujet, nous verrons dans un premier temps comment le regard des autres conditionne-t-il notre communication intra personnelle, et dans un second temps, pourquoi est-il nécessaire d’objectiver cette forme de communication afin qu’elle ne puisse avoir d’effets négatifs sur nous et qu’elle devienne un élanpositif qui améliore nos relations avec nos semblables.

I – Le regard des autres conditionne notre communication intra personnelle :

« L’Enfer, c’est les autres ! ». Cette réplique est la dernière de la pièce de Jean-Paul Sartre, Huis Clos (1944) : dans un salon Empire, en enfer, trois personnages, morts, sont condamnés à demeurer ensemble pour l’éternité. Tel est leur châtiment.

Garcin, lemilitant révolutionnaire qui a été fusillé après s’être enfui lâchement, Inès, l’homosexuelle, qui a été entraînée par son amie dans la mort, et Estelle, l’infanticide qui a causé le suicide de son amant, sont en scène. On les voit se déchirer, c’est-à-dire vivre sans cesse chacun sous le regard des autres. Regard accusateur, regard verdict, car les jeux étant faits – et leur vie achevée – ils sontéternellement prisonniers du regard adverse. Et Garcin, enfin, de comprendre : « Alors c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de Gril : l’enfer, c’est les Autres. »

En effet, les pleurs et les grincements de dents de l’enfer ne sont pas dus à la torture et aux tourments : le seul supplice, infini,insupportable, c’est la présence de l’Autre, qui est mon bourreau, qui me juge, qui me « constitue en objet », comme l’avait déjà expliqué Sartre dans l’Etre et le Néant (1943), où il s’interroge sur le rôle de la relation à autrui dans la construction de l’image de soi, en prenant pour exemple celui de la honte. La prise en compte du regard d’autrui me fait donc passer de la conscience immédiate de ceque je fais à l’intériorisation du jugement porté sur moi.

Huis clos, pièce philosophique – pièce à thèse –, permet donc à Sartre de donner à voir, en l’incarnant sur le théâtre, sa réflexion existentialiste sur notre relation à autrui. La mauvaise foi, la duplicité, la confusion amour-haine, y trouvent leur illustration dramatique.

Vivre c’est se lier aux Autres, mais l’attachement estviolence, tyrannie, domination perverse.

Loin de condamner autrui, Sartre explique simplement que les punitions ne viennent ni d’un diable, ni des tortures de l’enfer. Le regard qu’autrui porte sur mes mauvaises actions, à partir du moment où j’en admets le bien-fondé, suffit pour que je reconnaisse ma culpabilité et que j’en fasse une torture intérieure. La conscience morale, qui est une forme deconscience de soi, n’est autre que la communication intra personnelle, et celle-ci passe inéluctablement par le détour de la conscience que je prête à autrui. Car effectivement, que vaut ma conscience du monde sans confrontation avec autrui ?

Robinson, isolé sur l’île déserte où il a fait naufrage, décrit les modifications de son rapport au monde, provoquées par l’absence de points de vue...
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