La conscience de soi est-elle une connaissance?

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  • Publié le : 27 mars 2010
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La conscience consiste dans la faculté qui me permet de prendre connaissance de mes actes, et en particulier de l'activité de mon esprit. Elle se définirait donc comme une forme de connaissance. C'est ce que semble confirmer l'étymologie: "cum sciens" signifie "avec connaissance, accompagné de savoir". De même, les expressions "perdre conscience" ou "perdre connaissance", que l'on emploieindifféremment, témoignent d'une proximité entre conscience et connaissance.
Toutefois, dans quelle mesure la conscience de soi est-elle une connaissance de soi? La possibilité d'une telle connaissance supposerait une stabilité, une permanence de mon être. Or, je fais l'expérience d'un changement continuel en moi-même. A chaque instant, j'ai affaire à une pensée différente. La conscience est aussi bienle moyen d'éprouver que je ne demeure pas absolument le même. Autrement dit, il y a une altérité au cœur même du sujet: "Je est un autre" (Rimbaud). Cette altérité, cette altération n'est-elle pas de nature à compromettre la connaissance que je peux avoir de moi-même? Que signifie "moi-même"? Est-on jamais soi-même? Cela supposerait une coïncidence à soi qui n'est peut-être jamais donnée. Du seulfait que j'ai conscience de moi-même, est-ce que ce "moi-même" ne s'en trouve pas modifié? Dès lors, puis-je me connaître? Suis-je ce que j'ai conscience d'être?
I. L'expérience de la conscience
1. Le vrai moi est intérieur
Que suis-je? Qu'est-ce qui fait mon identité? On pourra être tenté de répondre que c'est mon apparence physique, en particulier mon visage. Cela est personnel. Seulement, mestraits changent avec le temps, au point qu'un ami perdu de vue aura du mal à me reconnaître après une longue absence. "Celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il? Non; car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus" (Pascal, Pensées, 323 Br.). La "personne" ne se réduit donc pas à l'apparence physique. Si l'on m'aime pour ma beauté, onne m'aime pas, moi. Qu'est-ce donc que ce moi? Mon code génétique? Les scientifiques nous disent qu'il est unique. Pourtant, deux frères jumeaux possèdent une identité qui interdit de les confondre. Il consisterait plutôt en quelque chose d'intérieur - ce qu'on appelle la personnalité. Certes, mon caractère peut changer lui aussi. Mais on pourrait supposer l'existence d'un noyau stable, que l'onpourra appeler le moi. Si j'ai conscience d'une identité, il faut donc en chercher l'origine dans la conscience plutôt que dans le corps. Plutôt dans ce "je", sujet de pensée et d'action, qui commande au corps.
Moi seul puis donc savoir qui je suis. En effet, ce que je donne à voir à mon entourage, cela est-il vraiment moi ? Est-ce que ce ne sont pas seulement des apparences trompeuses ? Il sepeut que je porte un masque. Balzac a parlé de la "comédie humaine". Un empereur romain avait eu pour dernier mot: "comedia finita est". On trouvera chez Sartre cette idée que chacun, en société, joue un rôle qu'il prend plus ou moins au sérieux, auquel il s'identifie plus ou moins bien. Par conséquent, ma véritable personnalité, pourra-t-on penser, s'identifie avec la partie la plus intime, la pluscachée de moi-même, celle que moi seul puis connaître: l'intériorité de ma conscience. Le vrai moi est caché. Le domaine de la conscience est celui de l'intériorité, une intériorité inaccessible et impénétrable pour l'autre. Ma subjectivité est comme une forteresse où je peux me réfugier et trouver la paix si l'on m'agresse. Personne ne peut venir y troubler la paix que je décide d'y fairerégner. Pressé de questions, si je décide de garder le silence, personne ne pourra violer cette intimité. L'intériorité de la conscience est un refuge. On peut bien m'obliger à faire ce que je réprouve, on ne peut pas contraindre mes pensées. L'esclave peut ainsi rêver qu'il est libre. La contrepartie, c'est que "mon jardin secret est une prison" (Gaston Berger, Du prochain au semblable: esquisse...
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