La corde

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  • Publié le : 8 octobre 2010
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Le spleen de Paris
« La Corde »
Baudelaire

Introduction

Situation

La Corde est mon 30ème poème du Spleen de Paris. Sa lecture peut faire penser au Gâteau, au joujou du pauvre puisqu’il montrerait ce qu’est un enfant débarrassé de la « répugnante patine de la misère », ou encore aux yeux des pauvres, et à tous ces poèmes qui développent le thème de l’enfance associé à celui de lapauvreté. On voit alors la spécificité et l’intérêt de la corde : l’enfant, pauvre, prendrait l’ascenseur social et, pourrait- on dire intellectuel, avec le peintre à la faculté de rendre la vie plus vivante et plus significative. La réponse est pour le moins celle de l’échec puisque l’enfant se suicide. Mais, il ne s’agit pas simplement d’un constat d’échec : cet échec devient surnaturalité, voilefantastique imprégnant la réalité que le discours du peintre veut pourtant rationaliser. C’est pourquoi Roger Blin classe ce poème parmi les « histoires extraordinaires ». On peut alors se demander la destination réelle de la dédicace du poème, car, adressée explicitement à Manet, elle pourrait aussi être une dédicace posthume à Poe puisque le poème répond aux critères esthétiques de l’écriture dePoe, ainsi qu’aux démons de sa vie, la tristesse, l’alcool et le suicide. En effet, si l’on relit les Notes et Notes nouvelles sur Edgar Poe, on peut avoir le sentiment que Baudelaire ajoute, dans ce poème, un saint nouveau au martyrologe, en racontant la mort d’une nouvelle victime de cette grande barbarie éclairée au gaz, tant cet enfant dont on ne connaît pas le nom semble traverser, certes defaçon précoce, les mêmes épreuves que l’auteur des Histoires : le goût pour l’alcool et les liqueurs comme seul échappatoire, devenant maladie incomparable comme il est écrit dans le Chat noir (« Quelle maladie est comparable à l’alcool ! »), et cette maladie se faisant à son tour instrument d’un suicide « préparé depuis longtemps » parce que, chez lui, « L’amour insatiable du beau avait pris lapuissance d’une passion morbide. » Mais alors, il faudrait reconnaître que la dédicace à l’ « ami » Manet est pour le moins ambiguë et sonnerait bien plus comme une accusation sourde, celle de la culpabilité au sujet du « meurtre par inattention » (Pierre Pachet). De toutes façons, les explications psychanalytiques de ce poème ne manquent pas : Pour René Galand par exemple, la figure centrale du poèmeest la « Mère terrible » et la « vieille rancœur de Baudelaire contre le mère et contre la femme » permettrait de dire que l’enfant est la figure de Baudelaire, tout comme dans Les vocations, chacun des enfants pourraient représenter tour à tour la figure de l’artiste. L’entrelacs des visées esthétiques, poétiques, politiques et même psychanalytiques pose donc différents problèmes quant à lalecture du poème.

Problème
Au fond, c’est donc le caractère hybride du poème qui pose problème : sa longueur, deuxième critère de reconnaissance du poème en prose selon Suzanne Bernard atteint ici son seuil critique, ensuite, on ne sait pas très bien qui parle de Manet ou de Baudelaire, on ne comprend pas non plus de quelle esthétique se revendique le texte, celle du fait divers, de l’histoireextraordinaire, de la nouvelle, ou du poème en prose. Du point de vue du sens, on ne comprend pas s’il s’agit d’un simple fait divers ou du jeu tragique de différents figures allégoriques, et par conséquent, on reste perplexe quant à l’élaboration du sens qui, du même coup, semble être laissée au lecteur : s’agit-il d’une critique de la Mère terrible, de la cupidité de la société, du peintre, quedoit-on penser du suicide de l’enfant, etc, etc ? Dans ce jeu entre esthétique et polémique, implicite et explicite, l’analyse des moyens offrira peut être une première prise sur ce poème qui semble bien insaisissable.

Projet de lecture

Notre projet de lecture s’articulera donc autour des trois questions suivantes :
Puisqu’il ne sert à rien de faire semblant, ce poème est écrit par...
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