La crise asiatique de 1997

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 23 (5577 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 5 octobre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Qui a déclenché la crise asiatique de 1997 ?
Quatre ans et demi après, on découvre le rôle crucial joué par les banques japonaises, tandis que les investisseurs privés n'ont pas eu le comportement moutonnier qu'on leur prête.
La crise financière qui a touché les pays du Sud-est asiatique à partir de l'été 1997 a été déclenchée par des investisseurs privés fuyant tous la zone en masse,entraînant les économies dans la récession et les populations dans le chômage. Telle est l'image de l'effondrement des économies d'Asie dont presque toutes portent encore les stigmates (voir page 52). Quatre ans après, le diagnostic doit être affiné pour souligner deux faits importants passés sous silence: les banques japonaises ont eu une influence considérable sur les décisions de retrait des autresbanques; loin de se comporter de manière identique et moutonnière, les différents investisseurs privés ont adopté des stratégies opposées durant les mois de crise. Retour sur l'événement.
Alors que la Corée du Sud montre des signes de faiblesses dès le début 1997, la crise va démarrer en Thaïlande et ne touchera véritablement la Corée que plusieurs mois plus tard. Comment l'expliquer? En remettant encause l'hypothèse traditionnelle des économistes selon laquelle tous les agents économiques jouent le même rôle sur le marché. Si les banques européennes jouaient un rôle important de par le poids de leurs financements, ce sont les banques japonaises qui assuraient un rôle de leader dans la perception que les autres grandes banques internationales avaient de l'Asie. Lesquelles détenaient 54% desprêts étrangers à la Thaïlande et 25% des prêts à la Corée.
Parce qu'ils étaient confrontés à des problèmes internes, les établissements japonais ont décidé de réduire le risque attaché aux prêts concernant les pays émergents d'Asie. Ils ont alors commencé à réduire leurs financements dès 1996, sonnant définitivement le signal d'un retrait massif à l'été 1997. Entre la mi-1997 et la mi-1998, lesbanque japonaises ont retiré 23 milliards de dollars (dont 12 milliards en Thaïlande, 8 en Corée, 4 en Indonésie), suivies par les banques européennes, avec 12 milliards de dollars. Les banquiers japonais ont donné le "la" de la crise asiatique.
C'est l'aspect le plus paradoxal de cette crise: les banques japonaises ont réduit leurs prêts risqués aux pays asiatiques pour pouvoir respecter lesnormes de sécurité financière internationale qui les obligeaient à mettre de côté, en capital, l'équivalent de 8% de ces prêts. Ce qu'elles avaient du mal à faire, compte tenu de leurs problèmes internes. Le respect d'une norme de sécurité a ainsi été l'une des causes de l'accident!
Les investisseurs se démarquent des banques
Contrairement à une idée reçue, l'ensemble des investisseurs privés ne sesont pas comportés de la même façon que les banques. Leurs stratégies sont difficile à évaluer directement car, à la différence des activités bancaires répertoriées par la Banque des règlements internationaux (BRI), l'information statistique est loin d'être transparente. Le Premier ministre de la Malaisie, Mohatir Mohamad, a ainsi pu dénoncer le rôle des fonds spéculatifs internationaux dans lacrise financière qui touchait l'Asie. Ces travaux menés par la suite ont montré que la piste était fausse: l'influence de ces spéculateurs professionnels fut très faible. Il faut donc regarder de près la façon dont se sont comportés les investisseurs financiers, ceux qui avaient acheté massivement des actions et des obligations sur les marchés émergents asiatiques.
C'est ce qu'a fait Michael R.King, de la London School of Economics (1). En ouvrant la boîte noire de la mobilité internationale des capitaux, il a pu reconstituer le processus. De 1994 à 1996, les prêts bancaires internationaux dominent le financement des pays asiatiques (63% du total). Puis, à partir du début du retrait des banques, en 1996, les acheteurs d'obligations montent en puissance et, ne partageant pas l'opinion...
tracking img