La crise de la dette en afrique

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  • Publié le : 9 décembre 2010
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L’origine de la crise de la dette du tiers-monde (*)
Eric Toussaint et Damien Millet Quel est l’impact de la dette extérieure sur le niveau de développement humain? Les institutions financières internationales exigent inlassablement le remboursement de la dette extérieure. Elles l’imposent comme une priorité pour poursuivre le dialogue avec les autorités des pays endettés. Nous verrons que lesgouvernements du Sud auraient de multiples raisons pour refuser cette dette souvent immorale et illégitime. Des arguments politiques, économiques, sociaux, moraux, juridiques, écologiques, religieux en ce sens seront développés dans cet ouvrage. Mais les pressions exercées par les grands argentiers du monde et les collusions entre classes dominantes du Nord et du Sud sont telles que la plupartdes dirigeants des PED acceptent de voir leurs populations plier sous le fardeau de la dette. La dette des PED est devenue beaucoup trop importante pour ces économies fragiles et a annihilé toute tentative de développement. Selon Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, en 2000, le service de la dette [voir lexique] s’élève en moyenne à 38 % du budget des États d’Afrique subsaharienne. S’ilssuivent les exigences du FMI, de la Banque mondiale et des autres créanciers, ils n’ont d’autre recours que de mettre en place une politique d’austérité budgétaire stricte. Cela implique des dépenses publiques réduites au minimum dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’entretien des infrastructures, des investissements publics dans des activités génératrices d’emplois, du logement, sansparler de la recherche et de la culture. Seules sont épargnées les dépenses en faveur de la police et de la justice.

Part du budget allouée aux services sociaux de base et au service de la dette pour la période 1992-1997 Pays Services Service de la sociaux dette Cameroun 4,0 % 36,0 % Côte d'Ivoire 11,4 % 35,0 % Kenya 12,6 % 40,0 % Zambie 6,7 % 40,0 % Niger 20,4 % 33,0 % Tanzanie 15,0 % 46,0 %Nicaragua 9,2 % 14,1 %
Source : PNUD, Rapport sur la Pauvreté dans le monde 2000

Afin de payer ces sommes colossales, les gouvernements doivent se procurer les dollars (ou d’autres monnaies fortes) dans lesquels les remboursements doivent être effectués. Dans ce but, la priorité est donnée aux politiques exportatrices : exploitation accélérée des ressources naturelles (minerais, pétrole, gaz,etc.) et développement effréné des produits agricoles de rente (café, cacao, coton, thé, arachide, sucre, etc.). Les meilleurs intrants [voir lexique] leur sont réservés. La monoculture, si dangereuse car créant un état de dépendance pour des pays déjà fort démunis, se généralise. Les cultures vivrières sont délaissées, ce qui conduit souvent les pays exportateurs de produits agricoles à importerles denrées alimentaires dont ils ont besoin.

Pour produire à moindre coût, il n’est tenu aucun compte des conditions de vie, voire de survie, des populations concernées. Les acquis sociaux sont minimes et souvent remis en cause, et les conditions de travail déplorables. De plus, les ressources naturelles des PED, souvent abondantes et variées, sont surexploitées, ce qui crée de gravesproblèmes environnementaux. D’après les prévisions, certains pays devraient voir leurs principales ressources naturelles s’épuiser dans quelques décennies, comme le pétrole pour le Gabon. De nombreux pays du Sud s’alarment des ravages causés par la déforestation résultant de l’exploitation intensive des bois tropicaux ou de l’augmentation des surfaces ensemencées. Selon l’organisme des Nations unies pourl’Alimentation et l’Agriculture (FAO), au cours des années 1990, plus de 94 millions d’hectares de forêts ont ainsi disparu, presque exclusivement dans les PED, alors que dans certaines régions, les populations les plus vulnérables dépendent des forêts pour leur subsistance. Chaque année, une surface de forêts équivalente au territoire de la Hongrie est rasée… Pire, un r apport de l'Académie...
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