La crise de l'agriculture americaine

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  • Publié le : 16 mai 2011
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La crise de l'agriculture américaine
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Lorsqu'on entend parler de «crise agricole» on pense qu'il s'agit de mauvaises récoltes, de productivité du travail insuffisante, d'une incapacité à faire front avec des techniques appropriées aux besoins alimentaires de la population: on pense, en d'autres termes, qu'une des sept plaies de l'Égypte s'est abattue sur le pays. On entendparler partout des quatre cents millions d'hommes qui souffrent de la faim ou qui, au moins, ne mangent pas suffisamment; on devrait croire que la «crise agricole» naît de l'impuissance à produire ce qu'il faut pour rassasier les «sous-alimentés».
Eh bien non! Le paradoxe de l'économie capitaliste réside en ce que, au moins pour ce qui concerne les États-Unis, on produit... trop: trop,entendons-nous, pour une société divisée en classes dans laquelle, bien qu'on proclame bruyamment l'extension du bien-être, de larges zones restent, comme on dit aujourd'hui, «déprimées» et ne disposent pas d'un revenu suffisant pour répondre aux stimuli de l'appétit.
Depuis des années, comme c'est bien connu, la politique agricole du gouvernement américain consiste à essayer de conjurer la catastrophe queseraient, non pas des récoltes trop maigres, mais des récoltes trop abondantes. En fait, cette économie bourgeoise qui proclame que son objectif suprême est la satisfaction des exigences de tous, ne fonctionne au contraire qu'à la condition que demeure insatisfaite une marge de besoins telle qu'elle empêche les prix des articles de large consommation de diminuer jusqu'au point où ils nelaisseraient plus de profit suffisant pour le producteur. Dans ce but, et alors que les économistes et sociologues officiels attestent que l'alimentation humaine, vue à l'échelle générale, est terriblement insuffisante, le gouvernement américain s'est employé ces dernières années à freiner le développement de la production agricole et spécialement alimentaire, soit en réduisant la surface cultivée, soit enstockant les «surplus», l'excédent invendu et invendable, et, dans tous les cas, en déversant dans les campagnes des subventions de tous genres pour que les prix, et donc les profits des agriculteurs, ne diminuent pas. En substance, se disait-on, il faut que le développement de la production se maintienne sur le même rythme que l'augmentation démographique.
Hélas! - dit-on aujourd'hui - cettepolitique a fait faillite. La production, malgré la réduction de la surface cultivée, a continué de croître sur un rythme vertigineux, avec ce résultat que les stocks accumulés grâce au financement de l'État ont augmenté, pour le blé, de 0,9 milliards de bushels en 1957 à 1,4 milliard en 1959, pour le maïs de 1,5 milliard à 2,1, et ceux d'un produit non alimentaire, mais fondamental pourl'agriculture américaine, comme le coton, de 8,7 millions de balles à 9,2 millions. Pour freiner le processus de diminution du revenu des cultivateurs on voulait établir une parité relative entre l'augmentation de la population et l'augmentation de la production: on s'aperçoit aujourd'hui - et c'est là une espèce de vengeance du système contre lui-même - que depuis 1958 la surface cultivée en blé a bien étéréduite de 30 %, mais que la mécanisation croissante et la concentration sur les meilleures terres ont eu pour effet d'augmenter la production de 10 %. La récolte de maïs, utilisé surtout comme fourrage, est passée, entre 1953 et 1959, de 3,2 à 4,2 milliards de bushels: les prix de vente ont diminué de 1,44 dollar par bushel à 1 dollar seulement. Par voie de conséquence, la production de porcs aaugmenté de 77,9 millions de têtes en 1954 à 104,5 millions en 1959; les prix de vente de la viande de porc sont passés de 21,4 dollars pour 100 livres à 12,5 dollars. Mais ce n est pas tout: la mécanisation de l'agriculture exige des investissements de capitaux croissants dans les «farms»; d'autre part, tandis que le prix des produits agricoles baisse, celui des produits industriels finis reste...
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