La crise du roman au 20e siècle

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  • Publié le : 10 avril 2010
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La crise du roman au XXe siècle
Protéiforme, se ramifiant en d'innombrables sous-genres, le roman est un genre littéraire particulièrement difficile à cerner. Toutefois, des constantes semblent se dégager, qui constituent les conventions romanesques : selon la définition du Grand Dictionnaire de la langue française, le roman est ainsi une « œuvre d'imagination en prose, assez longue, quiprésente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réels, nous fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures ». Lorsque l'on ouvre un roman, on s'attend à y retrouver ces éléments : c'est ce que l'on appelle l'horizon d'attente du lecteur. Or, certains romanciers du XXe siècle ont pris le parti, dans leurs œuvres, de rompre avec les conventions romanesques, de déconstruirele genre. En quoi consiste cette « crise du roman » ?

1. Avant le XXe siècle, le roman est-il mis en cause ?
L'histoire littéraire est jalonnée de textes qui, bien avant la crise du XXe siècle, ont mis en cause le roman.
Déjà, Furetière, en 1666, révolutionne les conventions romanesques de son époque, d'une part en prenant pour personnages principaux de simples bourgeois (et non desaristocrates comme il était d'usage), d'autre part en construisant son récit de façon décousue, interrompant sans cesse la narration par des anecdotes, des commentaires, des fragments de discours, etc. Dans l'extrait suivant, il évoque avec humour la tradition des romans précieux qui veut que l'on rapporte en détail les paroles d'un amant venu enlever sa belle (ici, Javotte) :
Je ne tiens pas nécessairede vous rapporter ici par le menu tous les sentiments passionnés qu'il étala et toutes les raisons qu'il allégua pour l'y faire résoudre, non plus que les honnêtes résistances qu'y fit Javotte, et les combats de l'amour et de l'honneur qui se firent dans son esprit : car vous n'êtes guère versés dans la lecture des romans, ou vous devez savoir vingt ou trente de ces entretiens par cœur, pour peuque vous ayez de la mémoire. Ils sont si communs que j'ai vu des gens qui, pour marquer l'endroit où ils en étaient d'une histoire, disaient "J'en suis au huitième enlèvement", au lieu de dire : "J'en suis au huitième tome."

Citons également l'incipit du roman de Diderot, Jacques le fataliste (1796) :
Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils ?Que vous importe ? D'où venaient-ils ? du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l'on sait où l'on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.

Dans cet extrait comme dans l'ensemble du roman, Diderot joue avec les conventions romanesques : il mime lesquestions traditionnelles du lecteur et refuse délibérément d'y répondre. Le narrateur de ce roman est omniscient (comme c'est souvent le cas), mais au lieu de tout dire des personnages, de leur passé et de leurs sentiments, il joue justement de son omniscience pour dérouter le lecteur.

2. À quelles conventions s'attaquent les romanciers du début du XXe siècle ?
De nombreux grands romans du XXesiècle témoignent de recherches formelles et thématiques qui mettent en cause le genre : Ulysse de James Joyce (1914-1921), À la recherche du temps perdu de Marcel Proust (qui ne sera publié qu'en 1927), Voyage au bout de la nuit de Céline (1932), L'Homme sans qualités de Robert Musil (1930-1943),L'Étranger d'Albert Camus (1942).
Toutes ses œuvres, chacune à leur façon, mettent en cause les grandstraits du genre romanesque : la psychologie des personnages, la notion de héros, la narration linéaire, etc. Chez l'écrivain autrichien Musil ou Céline, par exemple, le héros n'est plus cet être hors du commun, choisi par le destin, ou dont les épreuves forgent le caractère. Il est sans consistance, sans histoire (« sans qualités »), et sa vie n'est constituée que de fragments dissociés, privés de...
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