La delinquence

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  • Publié le : 28 novembre 2010
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Délinquance, échec scolaire...La culture compte-t-elle ?

Nicolas Journet

En pointant du doigt l’origine culturelle des enfants des cités, le sociologue Hugues Lagrange déplace les causes de la déviance et met en doute l’uniformité des maux de la modernité. Une approche contestée dans sa pertinence comme dans ses conséquences.
Paru en septembre 2010, l’ouvrage du sociologueHugues Lagrange, Le Déni des cultures (Seuil), a soulevé une controverse amplement traitée dans les médias. S’appuyant sur une analyse des inconduites des jeunes issus de l’immigration selon leurs origines, H. Lagrange plaide pour l’introduction de données ethnoculturelles dans le traitement des problèmes des cités sensibles (émeutes, délinquance et échec scolaire). Un sujet de controverse qui,depuis quelques années, fait surface périodiquement en France et soulève chaque fois la même discussion de principe : faut-il désigner les coupables pour mieux les connaître, au risque de les désigner à l’opinion xénophobe ?

Le point qui fâche en l’occurrence est le suivant. Au terme de plusieurs enquêtes sur des quartiers sensibles de la vallée de la Seine, de Paris et de Saint-Herblain(Loire-Atlantique), H. Lagrange établit un bilan statistique des difficultés scolaires précoces chez les jeunes selon l’origine de leurs parents : Français depuis plusieurs générations, Europe, Maghreb, Turquie, Afrique subsaharienne. Il fait de même pour la fréquence des jeunes signalés à la justice pour des délits quels qu’ils soient. À condition sociale égale, des disparités apparaissent : délinquanceet échec scolaire sont trois fois plus fréquents chez les enfants d’immigrés provenant du Mali, du Sénégal et de Mauritanie que chez les « autochtones », une fois et demie plus que chez les Turcs, les Maghrébins et les Africains du golfe de Guinée. Au terme d’autres calculs, il montre que la distribution se conserve quels que soient les niveaux sociaux : il y a donc là, selon lui, une singularitéà expliquer.

Il pense trouver une réponse dans l’étude comparée des structures et comportements familiaux : chez les « Sahéliens » – pour la plupart musulmans –, la famille est patriarcale, souvent polygame, les femmes sont dépendantes et la progéniture nombreuse. C’est moins le cas chez les Africains de Guinée et du Centre, qui sont plus souvent chrétiens et monogames. Selon lui, c’est à cemodèle familial sahélien qu’il faut imputer l’inconduite des fils.

Mais plus peut-être qu’une enquête dont la valeur démonstrative est limitée, le livre de H. Lagrange est un essai ambitieux qui, par des considérations plus larges, s’emploie à bousculer bon nombre de thèses couramment soutenues sur les maux de la modernité.

La première – la plus âprement discutée – est celle des cadres del’analyse des comportements sociaux. Pour l’essentiel, l’expertise publique en matière de politiques sociales et des inconduites est basée sur des données socio-économiques : le rang social, le milieu, les revenus, les services disponibles, l’environnement. L’origine ethnique, la langue, la religion ne font pas partie des données recueillies systématiquement dans les recensements et les enquêtes. Enrevanche, les inégalités, le taux de chômage, l’habitat, la relégation des pauvres dans les quartiers périphériques, l’accès aux ressources culturelles, les difficultés d’insertion, les discriminations à l’embauche et le racisme sont les arguments clés de l’analyse socio-économique.



Vers des statistiques ethniques ?

C’est précisément contre cet état de fait qu’H. Lagrange s’élève. Il dénoncele refus de la prise en compte des identités culturelles dans l’analyse et le traitement des problèmes des cités. Il s’appuie pour cela sur un constat : celui de l’échec des politiques de la ville et du traitement territorial des problèmes, qui n’ont pu contenir ni la ségrégation ethnique croissante des quartiers, ni la montée des violences urbaines. « Il faut revenir, écrit-il, sur...
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