La dent d'or

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  • Publié le : 10 juin 2010
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Fontenelle, La dent d’or

Curieux, cultivé et d’une grande intelligence, passionné de sciences et animé d’une grande foi dans le progrès, ennemi de l’obscurantisme, tenant d’un rationalisme critique, Fontenelle apparaît surtout aujourd’hui comme le premier des philosophes des Lumières. En 1687, sa Digression sur les Anciens et les Modernes, référence à la fameuse querelle, lui vaut d’être élu àl’Académie française (1691). Il prend naturellement fait et cause pour les Modernes, raillant l’esprit borné et passéiste des tenants de la tradition classique, ce qui lui vaudra d’être attaqué par les dévots qui entourent Louis XIV.

1. Scepticisme scientifique : 
Fontenelle oppose la science universitaire théorique qui ne se fonde que sur des on-dit (le bruit courut) et le bon sens pratique(Quand un orfèvre l'eut examinée). Lui-même dans la narration centrale apporte au contraire des détails très précis : l’époque (En 1593), le lieu (Silésie), l’enfant (âgé de sept ans) ; il est également très précis sur la succession temporelle des événements (1593, 1595, la même année, deux ans après). La narration est entourée de remarques méthodologiques qui se répondent : les trois occurrencesdu mot cause dans le premier paragraphe évoquent assez l’importance quasi obsessionnelle de ce mot chez les savants. A cette recherche des causes (héritée de l’aristotélisme) Fontenelle oppose la réalité (fait / la vérité du fait / ce qui n'est point) ; le dernier paragraphe reprend en parallélisme cette opposition entre la raison et la réalité (les choses qui sont, et dont la raison nous estinconnue […] celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison). Cette opposition est à nouveau répétée en parallélisme dans la dernière phrase : dans cette variation, Fontenelle reprend l’antithèse du début entre le vrai et le faux, en faisant de la recherche (prématurée) de la cause l’origine même de notre ignorance.
Par ce brillant paradoxe, Fontenelle pose donc les principes de la scienceexpérimentale, en affichant sa méfiance envers les spéculations abstraites qu’il présente comme une perversion de la raison. De fait, le mot sentiment employé deux fois suggère que le résultat de ces cogitations est de l’ordre de l’opinion et non de la vérité.

2. Scepticisme historique : 
Ce texte doit aussi être replacé dans son contexte historique. La même année (1687) paraît sa Digressionsur les Anciens et les Modernes, dans laquelle Fontenelle prend nettement le parti des Modernes contre les Anciens. Ce texte est donc aussi une dénonciation « moderne » de la science « ancienne », en forme d’exemplum satirique.
Les savants qui sont cités sont bien réels (Fontenelle ne va pas s’amuser à mentir dans un texte mettant en garde contre les faits non vérifiés…). Horatius (ou Horstius)est un médecin cité à côté de Rullandus dans les Iatrica de William Salmon (1684) ; Rullandus (Martin Ruland, 1532-1602) était chimiste, alchimiste et médecin ; Joannes Ingolsteterus (mort en1619) est cité dans les histoires de la médecine allemande ; le plus connu (Un autre grand homme) est Andreas Libavius (1560-1616), médecin mais surtout chimiste (son Alchymia de 1595 est le plus ancien manuelde chimie générale que l’on connaisse).
Mais les noms latinisés (comme Jansenius pour Jansen) rappellent pourtant par leur sonorité les Diafoirus de Molière (Malade imaginaire), ou bien les gros traités universitaires en latin (jusqu’au Discours de la méthode de Descartes en 1637, les livres savants sont écrits en latin). Fontenelle insiste sur l’abondance des « histoires » (= description ; cf.Histoire naturelle) qui sont faites de la dent d’or, comme si le but premier était d’écrire un document universitaire (afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens / on commença par faire des livres). Cette abondance se fait au dépens de la qualité, ce que souligne l’allusion à la compilation qu’en fait Libavius (Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit sur la dent), avec la nuance...
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