La dignité humaine dépend-elle d'un travail ?

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  • Publié le : 22 avril 2009
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La dignité humaine dépend-elle d'un travail ?

Sujet de dissertation philosophique proposé aux élèves de section S en devoir maison le 24 novembre 2006.

1. Détermination du problème

1.1. Définitions

La « dignité humaine » se distingue de la « dignité » en cela que la seconde désigne une fonction, un titre, un rang, qui distingue particulièrement une personne et lui accorde une autorité; la première, depuis Kant (voir ce cours) désigne cette qualité particulière attachée à toute personne humaine (sans distinction de rang ou de fonction) dans la mesure où elle est considérée en tant que fin, et non en tant que moyen.

Il fallait se méfier. Une copie a entamé sur cette phrase : « Tout Homme est doté de dignité humaine ». Dans ce cas, merci, fin de la copie : la dignité humainene dépend pas du travail. Il fallait forcément distinguer entre l’humanité d’une personne, et sa dignité humaine, c’est-à-dire le fait que non seulement elle est humaine, mais encore qu’elle est reconnue comme telle par les autres. La « dignité humaine » qualifie certaines relations interpersonnelles ; elle ne peut s’entendre comme prédicat d’une personne (on ne dit pas « Untel est digne » commeon dit qu’il est « brun » ou « adolescent »).

Le travail s’entend comme activité de détournement des processus naturels au profit de l’humain. Il s’oppose à la fois à l’oisiveté et au loisir. La prudence commandait aussi de distinguer travail et pratique, travail et métier, travail et emploi.

1.2. Forme de la question

Pas de remarque particulière à noter ici. Il s’agit simplement dedéterminer si le travail compte au nombre des conditions de réalisation de la dignité humaine. La confère-t-il ?

1.3. Relations entre les termes

Le travail se situe dans le champ de la productivité, de l’efficacité, du rendement ; la dignité se situe dans le champ de la morale, de la reconnaissance entre humains, de l’entente et du respect. Il s’agit de savoir comment s’articulent ces deux pans dela philosophie pratique. Pour reconnaître un humain comme tel, faut-il le voir à l’ouvrage ? Ou bien l’humanité des humains (leur « être » le plus intime) transcende-t-elle leurs pratiques (leur « faire ») ?

2. Réponse spontanée et réponse paradoxale justifiées

Si l’on considère que les animaux ne travaillent pas (voir la comparaison entre l’abeille et l’architecte par Marx, dans ce cours),et si l’on affirme par conséquent que le travail constitue le propre de l’Homme, on peut soutenir que le travail, manifestant l’humanité du travailleur, lui confère sa pleine dignité humaine.

Au contraire, dans la mesure où le travail vise l’utile, il est clair qu’il compte au nombre des moyens de l’humain pour arriver à ses fins. Identifié à son travail, l’individu tend à s’instrumentaliser,donc à déchoir de son statut de « fin » pour se réduire à un simple « moyen ».

3. Argumentation de la thèse et de l'antithèse

3.1. Thèse : la dignité humaine dépend d’un travail

Une certaine pensée dite « néolibérale » (mais au fond simplement utilitariste) tend à soutenir l’idée que la valeur d’un individu dépend de son rendement. Il ne s’agit pas seulement ici de fixer sa valeursalariale (au sens où un chef d’entreprise, assumant des responsabilités et des risques plus lourds que l’ouvrier, mérite de gagner plus), mais aussi la valeur morale. L’inventeur de la cafetière électrique a simplifié la vie d’un très grand nombre de personnes : par son utilité, il a « bien mérité de la société », et il mérite par conséquent d’être cité en exemple, présenté comme modèle, et célébré parses concitoyens.

Parce qu’ils n’occasionnent aucun progrès, aucune avancée, aucune découverte pour la société entière, les oisifs et les paresseux (évitez le mot relâché « fainéant », SVP) possèdent, aux yeux de l’histoire, une valeur infiniment moindre. Même si Hegel ne l’exprime pas en termes de « valeur » comme nous venons de le faire, il explique tout de même, dans la dialectique du...