La distinction de l'existence et de l'essence dans la philosophie d'avicenna.

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 12 (2774 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 13 décembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
La distinction de l'existence et de l'essence dans la philosophie d'Avicenna.

Par Khayrallah Lotfi*.

Au commencement du livre Γ de la Métaphysique Aristote disait qu'il y'a une science qui étudie l'être en tant qu'être; il l'appelait quelques lignes après par la philosophie première1. Deux grandes interprétations opposées et bien divergentes ont été données depuis l'antiquité à cepassage si célèbre de la Métaphysique :

La première considérait que l'être en tant qu'être posé comme l'objet propre de la philosophie première n’est autre que Dieu, c'est à dire le premier moteur et la forme des formes selon Aristote. D'où il suit que la science de l'être en tant qu'être est aussi bien une science particulière qui porte de la même manière que toutes les autres sciencesparticulières sur un être aussi particulier, quoiqu'il soit au premier rang ontologique dans la hiérarchie des êtres2.

Quant à la deuxième grande interprétation, elle pensait, au contraire, que par l'être en tant qu'être, Aristote visait plutôt l'Être en général; car comme les choses sont bien premièrement objets des sciences particulières qui les considèrent en eux - mêmes, elles peuvent bien aussiêtre regardées du point de vue de leur attribut le plus commun à elles toutes ensemble et le plus universel, à savoir l'Être. D'où il suit, selon cette interprétation, que la philosophie première est bien une science qui étudie, non pas les objets selon leurs attributs propres, nécessaires ou accidentels fussent- ils, mais bien l'Être en tant qu'être, c'est à dire que son intérêt doitporter sur l'être de la chose, plutôt que sur la chose elle même. Ce fut bien cette seconde interprétation qui avait été retenue par le cheik maître suprême Avicenna3.

L'être n'étant ainsi désigné comme l'objet premier de la philosophie première que parce que rien ne lui échappe et que tout rentre sous sa catégorie, bien que cela ne puisse d'aucune manière faire, comme il est déjà bienconnu, de l'Être un genre proprement dit4, il s'ensuit alors que tout être est nécessairement moins évident que l'Être, que rien ne lui est plus manifeste ni plus connu. Or, puisque nul n'est plus connu que l'Être, rien, par conséquent, à part l'Être lui même, ne saurait mieux faire connaître l'Être, ni le mettre davantage en évidence; il est en effet ce que l'âme se représente le plusimmédiatement5. Ainsi, en partant de cette idée on ne peut mieux immédiate et évidente qu'est l'Être et en la soumettant à une étude particulière, nous découvrirons aussitôt que l'Être est bien autre chose que l'être secundum quod, que le premier est absolu, alors que le second est déterminé, que sa détermination lui provient du fait qu'à l'être en tant qu'être il vient s'ajouter quelque autre choseque L'Être. Néanmoins, cette distinction entre l'Être et ce qui particularise ainsi l’Être, ne constitue point encore la vraie distinction voulue par Avicenna entre l'être et l'essence. Aussi, devrions- nous, avant que nous en rendions compte, que nous fassions connaître d'abord qu'est ce que l'Essence ?

Lorsque les arabes avaient commencé la traduction de la philosophie grecque, ils onttrouvé deux termes qui sont bien distincts mais qui leur avaient semblé cependant d'un seul et unique sens; c'étaient les termes ousia et to esti. Aussi pour les rendre dans leur propre langue les traducteurs arabes s'étaient- ils conformés à traduire les deux mots bien indistinctement, tantôt par le terme AL jawhara, tantôt par celui d'Almahyab. J'ai dit que ces termes leur avaient semblé n'avoirqu'un seul et unique sens car il est bien facile de remarquer que chez les grecs, et surtout chez Aristote, ousia et to esti étaient presque toujours utilisés pour exprimer, au sens premier, l'idée fondamentale de ce qui existe par soi, et au sens second, l'idée de ce qui rentre dans la constitution de ce qui existe par soi; mais ce qui rentre dans la constitution de ce qui existe...
tracking img