La dot

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  • Publié le : 5 décembre 2010
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LA DOT GUY DE MAUPASSANT LA DOT Personne ne s'étonna du mariage de maître Simon Lebrument avec Mlle Jeanne Cordier Maître Lebrument venait d'acheter l'étude de notaire de maître Papillon ; il fallait, bien entendu, de l'argent pour la payer ; et Mlle Jeanne Cordier avait trois cent mille francs liquides, en billets de banque et en titres au porteur Maître Lebrument était un beau garçon, qui avaitdu chic, un chic notaire, un chic province, mais enfin du chic, ce qui était rare à Boutigny-le-Rebours. Mlle Cordier avait de la grâce et de la fraîcheur de la grâce un peu gauche et de la fraîcheur un peu fagotée ; mais c'était, en somme, une belle fille désirable et fêtable. La cérémonie d'épousailles mit tout Boutigny sens dessus dessous. On admira fort les mariés, qui rentrèrent cacher leurbonheur au domicile conjugal, ayant résolu de faire tout simplement un petit voyage à Paris après quelques jours de tête-à-tête. Il fut charmant, ce tête-à-tête, maître Lebrument ayant su apporter dans ses premiers rapports avec sa femme une adresse, une délicatesse et un à-propos remarquables. Il avait pris pour devise : " Tout vient à point à qui sait attendre. " Il sut être en même tempspatient et énergique. Le succès fut rapide et complet. Au bout de quatre jours, Mme Lebrument adorait son mari. Elle ne pouvait plus se passer de lui, il fallait qu'elle l'eût tout le jour près d'elle pour le caresser, l'embrasser lui tripoter les mains, la barbe, le nez, etc. ... Elle s'asseyait sur ses genoux, et, le prenant par les oreilles, elle disait : " Ouvre la bouche et ferme les yeux. " Ilouvrait la bouche avec confiance, fermait les yeux à moitié, et il recevait un bon baiser bien tendre, bien long, qui lui faisait passer de grands frissons dans le dos. Et à son tour il n'avait pas assez de caresses, pas assez de lèvres, pas assez de mains, pas assez de toute sa personne pour fêter sa femme du matin au soir et du soir au matin. Une fois la première semaine écoulée, il dit à sa jeunecompagne : " Si tu veux, nous partirons pour Paris mardi prochain. Nous ferons comme les amoureux qui ne sont pas mariés, nous irons dans les restaurants, au théâtre, dans les cafés-concerts, partout, partout. " Elle sautait de joie. " Oh ! oui, oh ! oui, allons-y le plus tôt possible. " Il reprit : " Et puis, comme il ne faut rien oublier, préviens ton père de tenir ta dot toute prête ; jel'emporterai avec nous et je paierai par la même occasion maître Papillon. " Elle prononça : " Je le lui dirai demain matin. " Et il la saisit dans ses bras pour recommencer le petit jeu de tendresse qu'elle aimait tant, depuis huit jours. Le mardi suivant, le beau-père et la belle-mère accompagnèrent à la gare leur fille et leur gendre qui partaient pour la capitale. Le beau-père disait : " Je vousjure que c'est imprudent d'emporter tant d'argent dans votre portefeuille. " Et le jeune notaire souriait. " Ne vous inquiétez de rien, beau-papa, j'ai l'habitude de ces choses-là.
Vous comprenez que, dans ma profession, il m'arrive quelquefois d'avoir près d'un million sur moi. De cette façon, au moins, nous évitons un tas de formalités et un tas de retards. Ne vous inquiétez de rien. " l'employécriait : " Les voyageurs pour Paris en voiture. " ils se précipitèrent dans un wagon où se trouvaient deux vieilles dames. Le brument murmura à l'oreille de sa femme : " C'est ennuyeux, je ne pourrai pas fumer " Elle répondit tout bas : " Moi aussi, ça m'ennuie bien, mais ça n'est pas à cause de ton cigare. " Le train siffla et partit. Le trajet dura une heure, pendant laquelle ils ne dirent pasgrand-chose, car les deux vieilles dames ne dormaient point. Dès qu'ils furent dans la cour de la gare Saint-Lazare, maître Le brument dit à sa femme : " Si tu veux, ma chérie, nous allons d'abord déjeuner au boulevard; puis nous reviendrons tranquillement chercher notre malle pour la porter à l'hôtel. " Elle y consentit tout de suite. " Oh oui, allons déjeuner au restaurant. Est-ce loin ? " Il...
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