La fable des abeilles et le développement de l'économie

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  • Publié le : 15 juillet 2011
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la fable des abeilles

CHAPITRE 20 LA FABLE DES ABEILLES ET LE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE

économie politique, au tournant du XVIII e siècle, entreprend de fixer son objet, ses frontières et ses méthodes. Au cours de cette époque fondatrice l’économie politique s’identifie à l’économie politique libérale avec, entre autres, François Quesnay et la physiocratie, Turgot (notamment,Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, 1766) et, surtout, Adam Smith, en Angleterre, qui eût une influence prépondérante. Un peu plus tard, sous l’action des Idéologues, en France, et en particulier de Jean-Baptiste Say (1767-1832), le domaine économique est conçu comme une partie d’une « science sociale » plus vaste, et son étude est introduite, à l’Institut, dans la classedes sciences morales et politiques. Ainsi pendant que s’édifient les fondements théoriques de la nouvelle société basée sur la concurrence, les citoyens de l’État de droit, supposément libres et raisonnables, sont appelés au nom de l’utilité publique à devenirs travailleurs, prospères et vertueux.
Jean-Baptiste Say, 1767-1832

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Le slogan de l’économie politique devient, dès la deuxièmemoitié des Lumières, le « laissez-faire, laissez-passer » de l’école physiocratique, son image, celle smithienne, de la « main invisible », et sa devise empruntée à Mandeville et à la Fable des Abeilles : « les vices privés font le bien public ».

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Les grandes figures du monde moderne

La nouvelle discipline émerge avec l’école physiocratique en liant, dès le départ, les enjeux politiques àune « législature morale » ; elle a pour finalités l’affirmation des droits naturels et le progrès des Lumières, et situe, par le fait même, selon les convictions idéologiques de l’heure, le mieux-être social à l’horizon de l’universalité du genre humain. La doctrine physiocratique inspire les réformes de Turgot, chargé d’épurer les finances sous Louis XVI, à la veille de la Révolution, ainsiqu’une partie de l’œuvre fiscale de la Constituante. Le coup d’envoi a été donné par ce qui apparaît maintenant la fable fondatrice du libéralisme moderne : la célèbre Fable des abeilles. De Montesquieu à Voltaire Anne Robert Jacques Turgot, 1727-1781 qui en appréciait les paradoxes développés avec ver ve par Mandeville, son auteur, en passant par d’Holbach et par Rousseau, la thèse se profile encontrepoint de l’un des débats les plus chauds des Lumières : le débat sur le luxe qu’accompagnent l’essor du commerce et l’évolution des mœurs. Le luxe, cette réalité centrale de l’époque, y est aperçu tantôt comme un frein, indistinctement économique, moral ou politique, des changements que réclament les « philosophes », tantôt, au contraire, comme le moteur naturel de la formation et de lacirculation des richesses et, de ce fait, concourant au bien-être général.
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Le statut de cette catégorie, aussi indécis d’un discours à l’autre que sont paradoxalement tranchées les prises de position à propos du luxe et de ses effets sociaux, révèle son rôle de catalyseur dans le développement de la réflexion économique ainsi que des polémiques plus générales auxquelles ledix-huitième siècle l’associe. La réflexion sur le luxe (elle se clôt comme telle pendant l’an II) s’enracine alors dans les thèses d’ensemble relatives à la nature humaine, ses besoins, ses passions et ses désirs. Si les auteurs s’accordent pour voir dans le désir de s’enrichir, un désir naturel, et dans le luxe, une jouissance du revenu possible, tout aussi naturelle, la discussion commencelorsqu’on s’interroge sur sa valeur sociale. Tantôt le luxe, aperçu comme signe concret du progrès historique et social, est légitimé comme l’une des causes de ce progrès, tantôt il est dénoncé comme un instrument de stratification renforçant l’inégalité, corrupteur des mœurs sociales et subordonnant les pauvres aux riches, un danger pour la liberté.

BERNARD DE MANDEVILLE ET LA FABLE...
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