La faillite d'un contre-pouvoir

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  • Publié le : 1 avril 2010
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*« Médias : la faillite d’un contre*-*pouvoir* »
*Le livre de Philippe Merlant et Luc Chatel qui vient de sortir aux éditions Fayard est sans complaisance. Il décrit par le menu l’abandon par la presse* d’une grande partie de ce qui faisait sa grandeur : sa vocation de *contre*-*pouvoir*.
Recoupant plusieurs enquêtes, les auteurs soulignent d’entrée de jeu que le baromètre de la confiancedes lecteurs est loin d’être au beau fixe. Les Français se méfient des journalistes qu’ils accusent d’être dépendants des pouvoirs financiers ou politiques. Le livre décrit un monde endogame où les directions de la rédaction sont fascinées par le pouvoir. Il souligne les connivences entre hommes politiques et journalistes qui se transforment souvent en relations conjugales ou extra-conjugales.Sans compter les renvois d’ascenseurs et complaisances entre collègues qui se sont mutuellement rendus services. Et une très faible capacité à l’autocritique : « En France, jamais aucun directeur de rédaction ni aucun journaliste n’a démissionné de son poste après avoir commis (et reconnu) une faute grave".
Ce climat de faiblesse éthique, le manque de vigilance et d’exigence fait que la presse nereprésente plus un vrai contrepouvoir. Le pouvoir politique est ainsi tenté de reprendre en main ce territoire, comme le montre nombre d’exemples d’atteinte à l’indépendance de la presse. Concentration croissante, pressions diverses, convocations judiciaires, placements en garde à vue, perquisitions, l’année 2007 a été particulièrement vive en remous. Tout cela est démontré. Mais c’est dans lescoulisses du métier, dans son fonctionnement propre, que la critique est le plus éloquente.
Parmi les constats faits pas les auteurs, un des plus prégnants est celui de la rivalité mimétique entre organes de presse. Ce mimétisme aboutit à une information synchrone et uniforme de certains évènements. La concurrence créé le mimétisme, notent Merlant et Chatel. Plus on est en compétition, plus on secopie, plus on s’observe. Les rédacteurs passent en effet beaucoup de temps à se lire les uns les autres, à se comparer. « C’est l’art de faire comme les autres en tout en paraissant s’en distancer ». Autant de temps qu’on ne passe pas sur le terrain.
Autre travers, le défaut de contextualisation qui empêche de saisir la portée d’un fait dans sa dimension plus sociologique. Les écoles dejournalisme sont montrées du doigt. Elles enseignent les techniques de base, mais évacuent l’aspect culturel, le sens de l’information, la réflexion sur l’image, la mise en perspective. Le manque de référents culturels empêche les rédacteurs de contextualiser les faits qu’ils rapportent. Surtout ne pas trop penser ! Un peu de sémantique et d’histoire seraient les bienvenues, indiquent les auteurs. Demême le journalisme tourne le dos à la science, regrettent-ils.
Mais c’est bien plus la baisse des exigences éthiques de l’enquête journalistique qui inquiète Merlant et Chatel. Des mauvaises habitudes s’installent. « Les rédactions passent de plus en plus de temps à évoquer ces questions de case, de moins en moins à pratiquer leur métier sur le terrain ». « _ On ne prend guère le temps defouiller les recoins, d’explorer les marges, de perdre du temps dans les zones d’ombre où apparemment il ne se passe rien_ ». S’en dégage une impression de regard paresseux sur la compréhension de l’actualité. Ce regard est souvent aveuglé par la course au scoop. Ce qui se vend est l’intimité des gens, surtout celle des « stars ». Le syndrome de la "peopolisation" touche la presse dite « sérieuse ». Lesportraits d’individus (Sarkozy en particulier) sont préférés aux portraits collectifs. Ca fait vendre. Exit les associations, les faits relevant de mouvements ou de coopérations collectives. Les histoires d’associations, les récits d’initiatives, les coopérations citoyennes intéressent moins. Et les auteurs d’ énumérer bien d’autres dérives dans l’évolution du métier de journaliste : suivisme,...
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