La femme dans candide

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  • Publié le : 30 août 2010
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La femme et ses représentations dans Candide :
Stéréotypes et Sexisme
Introduction
Traduit dans le monde entier, Candide est unanimement reconnu comme le “chef-d’œuvre” voltairien, et plus largement comme un monument emblématique de la critique de la société entreprise par le siècle des Lumières. Impertinent, subversif, généreux, ce conte philosophique est donc l’un de ces classiques de lalittérature universelle dont nul n’oserait récuser le décisif ascendant qu’il a pris depuis sa parution en 1759 pour imposer la grande idée des droits de l’homme. Nous avons vu dans une étude précédente combien, s’il fallait relativiser la portée purement “philosophique” de ce roman d’apprentissage, il convenait néanmoins de saluer l’intention idéologique de Voltaire d’avoir opposé aux absolusspéculatifs un nouvel ordre de vie et de valeurs par l’action et le travail : c’est en effet le sens qu’il convient de donner à la fameuse métaphore du jardin au chapitre trente.
Cela étant dit, faut-il pour autant se priver d’une relecture critique du texte voltairien? Certains auteurs, et non des moindres ont par exemple montré combien Voltaire n’avait pas échappé à de nombreux stéréotypes liés à soncombat contre la morale judéo-chrétienne. J’en veux pour preuve l’ouvrage de Léon Poliakov qui dans son Histoire de l’antisémitisme n’hésite pas à ranger Voltaire parmi d’autres écrivains judéophobes. Il semblerait donc que l’auteur de Candide, tout en rejetant explicitement les ethnocentrismes, n’ait pas moins été victime des idées reçues et parfois des graves dérives d’une pensée qui se voulaitpourtant progressiste et n’avait d’autre but que de combattre les préjugés. Plus particulièrement dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, je vous invite à une réinterprétation plus sociologique de certains passages de Candide, au regard de la condition féminine.
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La difficulté quand on lit ce conte philosophique, c’est de se défaire d’une certaine lecture d’impulsion,caractéristique du registre burlesque : reconnaissons-le, les femmes dans Candide font l’objet de toutes les railleries. L’auteur impose avant tout une certaine image identificatrice qui, constituant tout à la fois le paradoxe et la réussite de ce livre, n’en conforte pas moins les lecteurs dans des rôles assez stéréotypés : on a envie de rire plus que de réfléchir quand on lit par exemple cepassage bien connu du chapitre un :
“Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante.”
L’ironie, arme favorite de Voltaire, joue ici à pleinrégime : la présentation très tendancieuse de Cunégonde (qui n’a que dix-sept ans), ridicule plutôt que noble, en fait d’emblée une sorte d’objet de consommation, à la limite de la “denrée” humaine, de la pâtisserie “copieuse”, lourde à digérer de surcroît ! Toute cette mise en scène est également, si j’ose dire, une “mise en bouche” pour le lecteur : ici, la déformation fictionnelle du corps de lafemme, sa plasticité physique exagérée provoque un effet de sens très ambigu : l’aspect “alimentaire” de Cunégonde annonce son appétence “sensuelle” évoquée très explicitement quelques lignes plus loin à l’occasion de la fameuse “leçon de physique expérimentale” de Pangloss :
“Un jour, Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussaillesle docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme Mlle Cunégonde avait beaucoup de dispositions pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin ; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout...
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