La fin de l'histoire dix ans après

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1326 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 27 avril 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Francis Fukuyama :

Après la " fin de l'histoire " et les hommes
conçus comme des " chiens heureux ",

ce cher Francis se donne deux générations pour :

" abolir les êtres humains en tant que tel ".
Article publié dans le " Monde " - Juin 1999

La fin de l'Histoire dix ans après

17.06.1999

L'ÉTÉ 1999 marque le dixième anniversaire de la publication de mon article " La fin del'Histoire ? " dans le journal The National Interest. A cette occasion, on m'a demandé un retour sur mon hypothèse originelle. A intervalles réguliers, depuis la première publication, mes critiques ont réclamé que je reconsidère et renie - du moins l'espèrent-il - mon idée que l'Histoire s'achève.

A leur intention, j'énoncerai d'entrée cet axiome de base : rien de ce qui est survenu dans lapolitique mondiale ou l'économie globale durant ces dix dernières années ne remet en cause, à mon avis, ma conclusion : la démocratie libérale et l'économie de marché sont les seules possibilités viables pour nos sociétés modernes.
Les péripéties les plus préoccupantes, au cours de cette période, ont été la crise économique en Asie et l'arrêt apparent des réformes en Russie.
Mais si cesévénements recèlent de nombreuses leçons politiques, c'est aussi à la politique qu'ils devront en définitive leurs solutions et ils ne constituent pas un défi systématique à l'ordre mondial actuel.

En revanche, l'argument que j'ai utilisé pour montrer que l'Histoire est orientée, progressive et qu'elle trouve son couronnement dans l'Etat libéral moderne, cet argument est fondamentalement erroné. Un seulcritique, parmi les centaines d'exégètes qui ont analysé " La fin de l'Histoire ", en a repéré la véritable faiblesse : l'Histoire ne peut s'achever aussi longtemps que les sciences de la nature contemporaines ne sont pas à leur terme. Et nous sommes à la veille de nouvelles découvertes scientifiques qui, par leur essence même, aboliront l'humanité en tant que telle.

Une grande partie du premierdébat sur la fin de l'Histoire a résulté d'une stupide question sémantique. De nombreux lecteurs n'avaient pas compris que j'utilisais le mot " Histoire " dans son acception hegéliano-marxiste : l'évolution progressive des institutions humaines, politiques et économiques.
Comprise ainsi, l'Histoire est menée, selon mon analyse, par deux forces fondamentales : l'expansion des sciences de lanature et de la technologie contemporaines, lesquelles constituent le fondement de la modernisation économique, et la lutte pour la reconnaissance qui exige, en dernier ressort, un système politique admettant l'universalité des droits de l'homme.
Contrairement aux marxistes, j'ai soutenu que ce processus d'évolution historique trouvait son achèvement, non dans le socialisme, mais dans la démocratieet l'économie de marché.

Il est difficile d'imaginer à quel point toutes les perspectives possibles et imaginables ont été utilisées pour critiquer ma thèse, si souvent et si sauvagement attaquée. Au début des années 90, on spéculait beaucoup sur des tendances alternatives dans la politique mondiale, tendances dont la plupart des observateurs jugeaient qu'elles nous éloigneraient du libéralisme,au lieu de nous en rapprocher.
L'inquiétude la plus constante concernait le nationalisme et les conflits ethniques, attitude compréhensible devant les guerres de l'ex-Yougoslavie, du Rwanda, de la Somalie et autres endroits chauds de la planète. Mais l'on voyait dans certains régimes des concurrents potentiels de la démocratie libérale : théocratie islamique, autoritarisme édulcoré des paysasiatiques, voire le retour à un néobolchevisme.

Les événements de la seconde moitié de la décennie - dont la tourmente financière qui a débouché sur la crise économique en Asie, l'arrêt apparent des réformes démocratiques en Russie et l'instabilité soudain révélée du système financier international - ont été plus menaçants, à bien des égards, pour l'hypothèse de la fin de l'Histoire que ceux...
tracking img