La fin du bien et du mal

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  • Publié le : 2 juin 2011
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La distinction entre le bien et le mal n’est pas évidente. En effet, la frontière qui les sépare est si mince, si perméable qu’ils fondent l’un dans l’autre. Dans ce sens, La Rochefoucauld précise dans sa onzième maxime écartée : « la fin du bien est un mal ; la fin du mal est un bien. » Au-delà du pessimisme du moraliste janséniste qui réduit le bien à un paraître de la nature humaine, leparallélisme qui structure la maxime établit une égalité entre ses deux valeurs antithétiques qui ont paradoxalement une seule « fin », une seule finalité : le bien individuel ou l’intérêt qui n’est autre qu’un mal.
Nos œuvres au programme traitent bien de ce caractère fourbe et double de l’être humain guidé par l’intérêt et oscillant entre le bien et le mal. Et si le Vicaire savoyard de Rousseauprofesse un discours sur la bonté naturelle de l’homme, Macbeth, la pièce de Shakespeare, sonde l’aristocratie anglaise du XVIIème siècle et montre sur un fond historique la cruauté humaine dans sa nudité, comme pour enregistrer le mal de l’homme dans le fait réel et non seulement en théorie. Enfin, Les Âmes fortes de Giono expose par une nuit l’histoire d’un jeune couple modeste qui a fait du mal unmode de vie et un moyen de promotion. En somme, fictions et réflexion inscrivent le mal, à différents degrés certes, au cœur de la nature humaine. Nous tenterons alors dans ce qui suit d’analyser cette génération du mal qui encercle l’homme, comme le chiasme de la maxime, pour lui ôter tout mérite. Nous postulons que ce constat s’explique par l’utilité du mal et explique, en dépit des discours desmoralistes, l’origine naturelle du Mal. Pour ce faire, nous montrerons en premier en lieu comment le bien serait une simple valeur sociale variable et illusoire. Le mal s’impose alors, comme nous le démontrerons par la suite comme une valeur naturelle dynamique et valorisante.
Le bien comme valeur intrinsèque de la nature humaine ne serait qu’une illusion. En effet, Il serait un jugement né del’habitude. Bien au contraire, la candeur est une valeur décadente que le mal réduit au simple valet.
La quête et l’éloge du bien ne seraient pas naturels. Ils ne sont que la production de la société. Certes le Vicaire savoyard voit dans l’opprobre qui entoure le mal la preuve à la fois de l’excentricité du mal, et de la tendance naturelle de l’âme, où git « un principe inné de justice et de vertu», vers le bien. La conscience, qui est « la voix de l’âme », se chargerait alors de le rappeler et le préserver comme l’espère Banquo. En effet, dans un court monologue de la première scène du deuxième acte, ce général en proie au doute, à l’ambition et à la cupidité après la rencontre avec les trois sorcières, interroge sa conscience et sollicite son assistance pour l’empêcher de sombrer dans lemal : « … Vous, puissances bienfaisantes, // Refoulez en moi les pensées mauvaises, que nature// Libère dans notre sommeil. » Cependant cette représentation du bien comme une valeur naturelle est illusoire et le bien ne serait qu’une valeur qui s’est imposée comme un idéal au fur et à mesure de l’évolution de l’humanité comme le rappelle Macbeth à son épouse dans la scène IV de l’acte III : « Lesang fut répandu ici, dans les époques disparues, // Avant qu’humaine purgation eût fait meilleur société ; ». En somme, c’est la société qui intervient par ses traditions, mœurs et pouvoir pour faire de quelques comportements et actions des normes, des représentations du bien comme le dit dans une philosophie simple et profonde une des femmes lors de la veillée du mort dans le texte de Giono : «Tout ce qu’on fait, c’est l’habitude. »
Et si le bien est une valeur sociale, elle serait de même relative puisqu’elle dépendrait de sa représentation individuelle et collective dans un temps et un espace déterminés. Ainsi, dans le roman de Giono, le récit qui revient sur lui-même par la technique de la multiplicité des points de vue illustre cette relativité : Thérèse raconte un épisode de...
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