La folie dans le no

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  • Publié le : 12 novembre 2010
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Introduction |

Au Moyen-âge, l’une des formes de représentations classiques japonaises fait son apparition : le Nô. C’est une forme de spectacle souvent vu par les occidentaux comme un théâtre à caractère ésotérique. A travers cette présentation, nous nous demanderons tout d’abord quelles sont les origines de ce spectacle que René Sieffert, voulant l’éloigner du simple terme de théâtre,définit comme un « long poème chanté et mimé, avec accompagnement orchestral, généralement coupé par une ou plusieurs danses qui peuvent n’avoir aucun rapport avec le sujet. » Puis nous aborderons la question de la composition du Nô à travers ses formes théâtrales et esthétiques. Et enfin viendront les présentations de quelques pièces de Nô. Il est à noter que, par souci de ne pas trop se perdre, lesNô écrit par Yukio Mishima seront ici mis de côté. Ces thèmes seront bien sûr liés le plus possible à notre motif principale : la folie, mais il est évident que nous ne pourrions pas entrer dans le vif du sujet en n’ayant aucune notion de ce que renferme le Nô. Du reste, avant de pouvoir véritablement développer la question de la folie à travers ces différents thèmes sur le Nô, il convient debien saisir les significations que peut recéler le mot « folie ».

En premier lieu, nous nous demanderons d’où provient la notion de folie en Occident et quelles sont les significations qu’elle porte. L’acception de la folie la plus souvent usitée est celle de « ce qui échappe au contrôle de la raison » [Le Petit Robert]. Ce serait donc dû de manière générale à une incapacité de bien juger etcette incapacité est évidemment toujours jugée selon une norme. Hippocrate considérait l’épilepsie (ou maladie sacré) comme une maladie organique du cerveau, mais celle-ci devint vite au Moyen-âge, comme l’a montré Michel Foucault avec l’Histoire de la folie à l’âge classique, objet d’exclusion. On enferme les fous et les déviants dans des asiles. Il est intéressant de relever qu’à cette époque,toujours selon Foucault, le fou n’est pas nécessairement un malade mais le « support de tout un réseau de croyances religieuses et de superstitions ».  Ce type d’enfermement n’est pas relevé chez Susumu Oda qui fait plutôt référence, au Japon, aux fous laissés en liberté sur les grands chemins.
La folie se représente donc à travers la norme sociale, ce qui serait commun à tous les individus et quicorrespondrait à la capacité d’émettre un bon jugement. D’une part, cette norme tente généralement de respecter la morale et le juste. Sera donc considéré comme fou celui qui ne répondra pas à la nature que l’on définit de l’homme et qui sera incapable de « mettre un ordre » dans les concepts qu’il aura assimilé. Le fou peut donc être celui qui fait montre sans cesse d’une grande exagération, quivit en se moquant de la morale et des règles établies par la société.
D’autre part, comme nous avons pu le voir au Moyen-âge, le problème qui découle de cette norme est qu’elle peut souvent prendre une forme complètement subjective. Ainsi une masse aveugle pourrait définir une personne comme folle selon ses propres habitudes, ses propres traditions et une personne lucide pourrait alors êtreconsidérée comme folle. Il suffit de voir le cas du philosophe Socrate contraint à boire la cigüe parce que ses idées dépassaient celle d’une norme contraignante et finalement elle-même déraisonnée.
De nos jours, la folie s’est médicalisée et on la définit en tant que maladie mentale. Un mouvement contemporain comme l’antipsychiatrie a pu ainsi reprocher à cette médicalisation d’être, pour lafolie, un enfermement plus terrible encore car celle-ci n’existe plus comme expérience originale et porteuse de sens. Expérience originale dans le sens où la folie en se détachant de la norme, amène l’individu qui en est atteint à concevoir le réel sous un angle différent.

Vient à présent la question de la folie au Japon. Selon les travaux de M. Susumu Oda, la folie semble se définir selon des...
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