La folie et l'illusion dans le théâtre

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  • Publié le : 4 mai 2010
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Oeuvres proposées à l'étude :
La Folie d'Héraklès d'Euripide
Henri IV de Luidgi Pirandello
Le roi Lear de Shakespeare

On suppose que c’est entre 421 et 416 avant Jésus-Christ qu’Euripide a fait représenter La Folie d’Héraklès dont l’action principale repose sur les malheurs d’Héraklès qui après avoir courageusement accompli ses douze travaux revient chez lui et est condamné par lavolonté vengeresse d’Héra à un accès de folie au cours duquel il tue les siens. Après Geoffroi de Monmouth, Holinshed et John Higgins, William Shakespeare reprend dès 1605 l’histoire du roi Lear qui devient fou à cause de la cruauté égoïste de ses filles. Il fit jouer cette tragédie en cinq actes titrée Le Roi Lear pour la première fois en 1606. Pour la première fois en 1922 à Milan, LuigiPirandello fait jouer sa tragédie en trois actes Henri IV. Il y traite un sujet qui n’a cessé de le fasciner : l’aliénation mentale d’un héros qui lutte sans relâche avec ses propres fantômes. Chacune de ses trois oeuvres traite du problème de la personnalité avec une originalité toute particulière qui fait que le thème est abordé à chaque fois de manière très différente. Le point commun principal desoeuvres est qu’elles sont toutes des textes écrits en vue d’une adaptation dramatique fondée sur la ressemblance entre l’acteur et le personnage qu’il incarne. Mais ces textes sont aussi adaptés en vue de plaire à un public qu’il est plus facile de toucher si il est déporté du théâtre à la réalité, c’est la raison pour laquelle la folie est représentée sur une scène qui entretient un rapport deressemblance avec le réel. Mais au-delà de l’illusion théâtrale, les auteurs jouent chacun avec l’illusion qui est ressenti par le fou, la chimère de son monde intérieur et de sa vérité intérieure.



Ces pièces sont les représentantes des plus grandes périodes du théâtre qui sont chacune illustrée par un projet idéologique; ce projet prend sa source dans l’écriture et est relayéensuite par la scène, de manière à ce que les événements de la pièce et leur agencement agissent sur le spectateur. L’identification du spectateur à ce que l’on joue devant lui commence par la crédibilité de l’oeuvre théâtrale.

Pour que la conversion de l’état de spectateur à l’état de témoin puisse véritablement être accomplie, il est impératif que celui qui assiste au spectacle croit àla réalité des choses, des discours et des comportements reproduits sur la scène théâtrale. Ainsi, les auteurs s’emploient minutieusement à insérer l’imaginaire dans le réel dans lequel vit le spectateur grâce à l’illusion créée par les décors, les déguisements ou par des impressions esthétiques recherchées par l’emploi de certaines techniques. Pirandello est sans doute celui des trois auteurs dontle travail s’inscrit le plus dans la réalité où il trouve ses moyens, les outils, ses objets, les matières, voire ses finalités, la reproduction de la vie du spectateur. Pirandello est si sensible à la vie, il sait tellement admirablement vivifier ses médiations en supprimant dans sa tragédie tout aspect d’une “pièce à thèse” que son sujet pourtant si inhabituel finit par se confondre avec laréalité. Il insère donc la folie dans un monde qui renvoie directement à l’expérience de son auditoire. Les didascalies sont en effet très nombreuses et très précises, tant au sujet des costumes des “chevaliers du XIè”, qu’à propos de la description physique des personnages, comme Belcredi qui est “mince, précocement gris (...) [avec] une curieuse tête d’oiseau”, ou enfin quant à leurs penséesintérieures : “Carlo di Nolli [est]désireux d’égards. Il est pénétré du peu qu’il croit être et de sa valeur dans le monde”. Shakespeare n’emploie pas des didascalies aussi détaillées sans doute parce qu’il se place plus à l’intérieur même de la conscience de Lear qui élabore pour son propre compte des expressions dépourvues de sens, et il entraîne de cette façon le spectateur avec lui. Ainsi, le roi...
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