La fonction de déplacement dans les contes

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1398 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 2 octobre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
La fonction de déplacement dans les contes de Perreault et de Grimm

Dans les deux contes, le déplacement initial est volontaire dans le sens où les héros suivent leurs parents de bon gré, malgré le fait qu'ils soient au courant de leurs projets funestes. Comme bien des enfants, il ne leur viendrait pas à l'esprit de désobéir. Bien sûr, le déplacement est aussi involontaire car ils ne désirentpas être abandonnés et c'est pourquoi ils inventent un moyen de retrouver leur chemin. D'ailleurs, lorsque les héros sortent au petit matin pour ramasser des cailloux, ils ne rencontrent aucun obstacle, ils sont libres d'évoluer dans leur univers, la maison, qui est leur sécurité. Cette partie des deux contes est la moins effrayante car le lecteur sait que les héros rentreront chez eux.
Laforêt, lors de ce premier périple est un endroit familier, on suppose que ce n'est pas la première fois que les enfants vont aux bois avec leurs parents. Le lecteur, quant à lui, est bien au chaud dans sa maison et comprend donc qu'il s'agit ici d'une symbolique¹, semblable au périple de Caillou qui, échappant à la surveillance de sa mère, ira faire un tour du pâté de maison. C'est le voyage del'imaginaire qu'il entreprend.

Mais la fois suivante, non seulement est-il impossible aux héros de circuler librement chez eux pour aller chercher des cailloux - l'inutilité du déplacement annonce ici l'échec de leur prochaine tentative de rentrer à la maison facilement- mais encore sont-ils floués de façon bien plus cruelle puisqu'on les perd encore plus profondément dans la forêt. Cette fois-ci,l'espace n'est pas aussi accueillant pour le Petit Poucet et ses frères quand leurs parents ''..les menèrent dans l'endroit de la Forêt le plus épais et le plus obscur…'' ni pour Hansel et Grethel , qui se retrouvent ''au fin fond de la forêt, plus loin qu'ils n'étaient jamais allés.'' Parce que le stratagème des miettes de pain n'a pas fonctionné, et que par conséquent, tous liens avec les parentssont coupés, les enfants ne font que s'enfoncer de plus en plus loin dans la forêt. Le déplacement devient alors inutile et épuisant. Les enfants ne rencontrent que des embûches et sont au bord du désespoir. Est-ce là, pour le lecteur, la réalisation du fantasme de l'autonomie, avec la peur qu'elle comporte, celle de ne pas y arriver seul ?

C'est alors qu'une lueur d'espoir se présente àHansel et Grethel sous la forme d'un oiseau blanc comme neige, et au Petit Poucet, sous celle d'une ''petite lueur comme une chandelle.'' Cette impression d'être sorti du bois se révelera fausse, bien entendu. Le jeune lecteur y percevra peut-être cet étranger auquel on ne doit se fier, cet inconnu attirant mais ô combien trompeur et dangeureux. Bien qu'ils suivent cette piste de façon volontaire, lelecteur agréera que les personnages n'ont guère le choix. Même si ce choix s'avère mauvais, il est préférable à celui, inévitable, de mourir de faim dans la forêt ou d'être dévoré par les loups. Dans le Petit Poucet cependant, le héros dut grimper au sommet d'un arbre pour apercevoir la lueur, ce qui lui donne un peu plus de mérite qu'Hansel et Grethel, qui eux erront pendant trois jours avant dedécouvrir l'oiseau. Suivre une lueur qui disparaît fréquemment, dû à la géographie du terrain, est plus difficile que de suivre un petit oiseau blanc qui nous montre le chemin. Le Petit Poucet agit sur son propre sort d'une façon plus consciente que les héros du conte des frères Grimm dans cette partie de l'histoire. Il n'est pas guidé par l'espace mais s'en inspire. Son voyage est donc plusprofitable puisque ce sont ses efforts qui sont récompensés. Peut-être est-ce la raison qui le poussera à être de plus en plus audacieux tout au long du récit.

À partir du moment où les enfants trouvent refuge, les contes diffèrent: le Petit Poucet et ses frères savent très bien qu'ils pénètrent dans l'antre d'un être malfaisant alors qu'Hansel et Grethel se font bêtement avoir parce qu'ils...