La force de l'utopie

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  • Publié le : 20 mai 2010
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Depuis sa naissance, Internet a été porteur des rêves de ses concepteurs. A travers le réseau devait émerger une société du partage du savoir, pacifique et égalitaire. Ces idéaux survivent malgré la banalisation du Web.

C’est une révolution en trois ou quatre lettres : www, url, http, html… Il y a vingt ans, un ingénieur inventait les technologies qui allaient donner naissance à la Toilemondiale (world wide web). Un langage de programmation permettant d’intégrer des liens hypertextes dans un document (hypertext markup language) et donc de le relier à d’autres documents, un système permettant d’attribuer à chaque document une adresse universelle (universal resource locator), et un protocole de communication (hypertext transfer protocol) permettant leur transfert entre ordinateurs :l’Internet tel que nous le connaissons était né.

Mais ce que Tim Berners-Lee a offert au grand public, ce ne sont pas seulement des techniques, c’est aussi une véritable utopie fondée sur la gratuité et le partage des connaissances, dont ont été porteurs les pionniers du Net.


Une « nation-réseau »

En effet, l’aventure Internet a débuté bien avant l’émergence du world wide web. Apparu dès1969, ce que l’on appelle alors l’Arpanet relie quelques ordinateurs situés sur des campus universitaires. Les premiers utilisateurs sont des informaticiens pour qui le réseau n’est rien d’autre qu’un outil de travail permettant la collaboration à distance entre pairs. Comme le note Patrice Flichy, l’une des particularités d’Internet est d’avoir été mis en œuvre par et pour le monde académique, sanspasser par une quelconque forme de transfert. Ainsi, « les informaticiens mettent des ordinateurs en réseau, pour pouvoir échanger entre eux, et le contenu même de leur dialogue concerne la construction de ce réseau. Un tel cercle vertueux n’est possible que parce que l’on est en dehors du monde ordinaire, celui de la société marchande où production et consommation sont totalement distinctes. Ceschercheurs ont pu non seulement produire une utopie, mais aussi la réaliser et la faire fonctionner au sein de leur propre monde (1) ».

L’utopie de cette « nation-réseau », comme l’appellent certains, s’inspire du fonctionnement du champ scientifique et se fonde sur quatre principes. Tout d’abord, l’échange et la coopération se font entre spécialistes, pouvant être distants physiquement maisayant les mêmes intérêts, participant aux mêmes revues, aux mêmes colloques. C’est ensuite une communauté d’égaux où le statut de chacun repose essentiellement sur le mérite, évalué par les pairs qui vont tester, commenter, améliorer vos propositions. Le débat est donc largement ouvert et ne peut être clos par un argument d’autorité. L’information circule librement.

La coopération est donc unevaleur centrale au sein de cette utopie, car elle permet de réaliser des tâches inaccessibles à un individu isolé, comme la création d’un logiciel. Grâce à Internet, la rapide circulation de l’information permet une grande transparence qui facilite la coopération. Mais la transparence permet aussi d’identifier la compétition entre les équipes. Cette nation-réseau est enfin un monde à part, clos,réservé aux usages académiques, où le commerce n’a pas sa place.

Coopération, gratuité, absence de hiérarchie, libre accès à l’information : les pionniers d’Internet sont porteurs d’une utopie forte, qu’ils mettent en pratique. Au cours des années 1980, d’autres acteurs tels que les hackers, inspirés par la contre-culture hippie, défendront le Net comme outil communautaire et écologique.


Unbouleversement de la société

Mais à partir du moment où, au milieu des années 1990, Internet s’ouvre au grand public, les choses ne pouvaient rester en l’état. Avec l’arrivée du world wide web, l’anonymat succède à la communauté des pairs, et le réseau ouvre ses portes au commerce. L’utopie des pionniers n’a cependant pas complètement disparu pour autant. Le discours public qui se...
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