La france bourgeoise

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  • Publié le : 11 mars 2010
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La France bourgeoise, de la Révolution à la Iere Guerre mondiale

Le XIXe siècle a pu être décrit comme l’âge d’or de la bourgeoisie. De la Révolution, qui permet l’avènement de nouvelles valeurs fortement inspirées du modèle bourgeois, jusqu’à la Belle Epoque, qui consacre le triomphe politique et économique d’une élite sociale, qui restaure à son profit une société d’ordres que lesrévolutionnaires avaient eu la prétention de pouvoir esquiver par un simple décret. La bourgeoisie forme un groupe hétérogène, qui trouve son unité, non par un niveau de richesse, mais par sa cohésion autour de certains principes et d’un mode de vie, qui fonde sa distinction sociale. C’est en même temps un modèle, qui imprègne l’ensemble de la société française, même si une nouvelle classe sociale émerge àla même époque, le monde ouvrier.

I. des principes fondateurs qui imprègnent la société tout entière
1. La bourgeoisie, une définition plurielle
La bourgeoisie ne forme nullement une classe sociale homogène. Il s’agit certes d’une élite, mais à la définition floue. D’ailleurs, c’est une classification spécifique à l’histoire française : le terme de « bourgeoisie » désigne une réalité sitypiquement française qu’il n’existe pas d’équivalent en anglais ou en allemand. De plus, c’est une classification politique : le terme est utilisé dès la Restauration par les historiens libéraux, comme Guizot, afin de souligner leur place devenue dominante depuis 1789. Mais la réalité sociale que recouvre ce terme n’est pas évidente, si on renonce à une définition en creux (ni noblesse, ni peuple).Une des meilleure définition est celle donnée par Marc Bloch, dans l’Etrange défaite : « J’appelle donc bourgeois de chez nous un Français qui ne doit pas ses ressources au travail de ses mains ; dont les revenus (…) lui permettent une aisance de moyens et lui procurent une sécurité, dans ce niveau, très supérieure aux hasardeuses possibilités du salaire ouvrier ; dont l’instruction, tantôt reçuedès l’enfance (…), tantôt acquise au cours d’une ascension sociale exceptionnelle, dépasse (…) la norme de culture tout à fait commune ; qui enfin se sent ou se croit appartenir à une classe vouée à tenir dans la nation un rôle directeur et par mille détails, du costume, de la langue, de la bienséance, marque (…) son attachement à cette originalité du groupe ».
Ce groupe social ne sedéfinit uniquement par un niveau de richesse, mais avant tout par une culture et un mode de vie commun, et surtout par un sentiment d’appartenance à un même ensemble, qui transcende les différences de fortune. Certes, la bourgeoise, depuis la Révolution, contrôle les principaux secteurs d’activité, et dispose d’un pouvoir qui se renforce après 1830, en terme économique, politique et social. Mais si labourgeoisie gagne en richesses, à la faveur du développement industriel, la culture est un élément déterminant de la constitution d’un groupe complexe, aux activités, aux penchants politiques, religieux très divers. La bourgeoisie se distingue de l’aristocratie, qui avait pour assise économique la propriété foncière et les droits féodaux (même si la bourgeoise recherche la formation de domainesfonciers), et du prolétariat, qui a pour moyen de subsistance son salaire. Mais cette définition est restrictive. Est bourgeois celui qui fait sienne les valeurs bourgeoises, même sans pour autant vivre du profit d’entreprises, comme les hauts fonctionnaires ou les membres de professions libérales. De plus, la distinction bourgeoisie/noblesse apparaît simpliste, car il existe jusqu’au milieu du XIXesiècle des élites pluralistes, qui forment le monde des notables, qui regroupent noblesse éclairée, bourgeoisie d’affaire, propriétaires, clergé, élites politiques parlementaires nées du suffrage censitaire. Le terme de « France bourgeoise » n’est cependant pas inefficace : il correspond à un ensemble social vaste, dont l’essor est lié au progrès du capitalisme, et qui détient un capital...
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